Quand j’étais gosse, une chose comptait plus que tout à mes yeux : l’argent. Elle était mon tout et je lui accordais bien plus d’importance qu’elle n’en avait, ça m’a conduit à effectuer toutes sortes d’activités pour en gratter un maximum, plus ou moins légalement. Je ne retire aucune réelle fierté de mes tentatives d’enrichissement dès mon plus jeune âge sauf pour une. Je vais tenter de vous conter cette aventure du mieux que je le puisse.
Cette histoire prend place il y a une grosse dizaine d’années, au cours de mon année de 5è. Tout a commencé suite à un cours de natation au collège, lors de la fin du cours. On se rhabillait puis nous rangions nos affaires lorsqu’un de mes camarades a vu un pétard qui traînait dans mon sac, il m’a proposé de l’acheter. La vénalité dont était composé mon jeune être n’a pas hésité. L’affaire était pliée en 10 secondes, 50 centimes pour un pétard aussi vieux que Mathusalem. C’était la première transaction de ce qui allait devenir un véritable petit business organisé. Le pétard vendu ne fonctionnait pas et mon premier pigeon est devenu mon associé.
Moi et Florent (mon associé) habitions dans le même coin. Le schéma n’était pas encore très clair mais nous allions devenir les vendeurs de farces et attrapes de notre établissement. Je vous resitue le contexte, j’habite dans un coin un peu perdu en Bretagne, une ville d’environ 7000 habitants, peu d’entre nous dans mon collège habitaient dans des villes de plus de 2000 habitants et les commerces y étaient rares. Pas évident pour les gamins d’avoir accès à ce genre de produits, nous nous sommes engouffrés dans la faille.
Tous les 15 jours, nous faisions une petite dizaine de kilomètres pour nous approvisionner. On a commencé par des choses très classiques et que des choses qui explosent, triple bang, bison, mitraillette, fusée, etc. On a assez rapidement eu une clientèle que l’on arnaquait de manière éhontée. On revendait parfois le décuple les produits que l’on achetait.
Le business a totalement pris, on a finalement mis en place un réseau avec un grossiste. On prenait la commande de notre propre clientèle et de notre grossiste, on s’approvisionnait, on revendait. C’est à ce moment que l’on a décidé de se diversifier, fini le petit jeu, nous voulions monter en gamme. On était devenu “official” à la boutique et l’on pouvait effectuer nos commandes, on a décidé d’acheter des bonshommes qui collent, des cierges magiques, du tabac à priser, des abeilles qui explosent et des boules puantes. Je vais pas vous faire un dessin, ça a été un massif fail à part pour les boules puantes. Un collégien ça s’en branle de la lumière et des bonshommes qui font de l’escalade, très mauvaise étude de marché.
Bon je disais que les boules puantes ne faisaient pas partie des fails, néanmoins c’était pas l’idée la plus grandiose non plus. Un midi, je bouffais à la cantine et notre grossiste avait vendu une fiole puante à la Moule Junior – son grand frère avait pour surnom la Moule, il en a hérité – qui a eu la brillante idée de la faire exploser dans le réfectoire. L’odeur abominable remplit l’entièreté de l’enceinte, c’était extraordinaire. J’étais plutôt fier d’être indirectement l’instigateur de cet évènement jusqu’à ce que le chef cuistot devienne rouge et pète un plomb. Il souhaitait désigner 5 coupables au hasard, idée de merde mais qui a eu son effet sur une jeune demoiselle qui balança directement la Moule Junior. Mauvaise idée pour elle, elle fut affublée du sobriquet de Balance pendant les 3 années suivantes. Pour ma part, je lui en fus grandement reconnaissant ayant quelques fioles dans mes poches. Si par malheur le hasard m’avait offert un rendez-vous chez le directeur j’aurais passé un moment épouvantable, allez expliquer que vous avez des boules puantes car vous êtes un trafiquant de farces et attrapes et non car vous trouvez ça drôle de foutre en l’air tout un réfectoire, compliqué. Bon après coup, je me dis que le cuistot a juste mis un gros coup de pression et que ça a fonctionné.
Je ne sais pas pour vous mais après avoir goûté au merveilleux GTA Vice City quand j’avais 8 ans, j’ai toujours adoré l’univers des gangsters. Avec ce trafic c’était comme si j’en étais un, en tout cas c’était ce que je ressentais. Et bordel, qu’est-ce que c’était bon. Ce sentiment de passer entre les mailles du filet, de construire un véritable organigramme de la revente clandestine tout en ayant le soutien de ses proches, c’était génial.