Vous avez toujours rêvé de voir un combat de pokémon en réalité ? C’est ce que je m’apprête à vivre aujourd’hui, je vais assister à du sabong, sport national aux Philippines, ou autrement dit des combats de coqs.
Il est midi, ma chambre pue la sueur et l’alcool qui suinte de mon corps, je n’ai pas de climatisation dans le petit bungalow qui me sert de maison sur l’île de Siargao. Hier, j’ai rencontré des Philippins, qui après moult tagay (une façon de boire philippine traditionnel où l’on partage un verre pour tous) m’ont informé de l’existence d’une arène de combat de coqs. Pratique cruelle pour certains, vestige d’un autre temps pour d’autres, mais le parieur un peu trop curieux que je suis a surtout envie de voir ça de ses propres yeux.
Deux camarades allemands m’accompagnent, Josh et Till, afin de découvrir cette étrange folie locale. Après une vingtaine de minutes de trajet sur nos destriers respectifs, nous arrivons sur les lieux. Des tricycles s’entassent devant l’entrée, des scooters sont garés en vrac sur les côtés, un tumulte se fait entendre à l’intérieur du stadium, nous ne le savons pas encore mais c’est le moment des paris.

L’entrée dans l’arène nous coûte 300 pesos, environ 4,50 euros. Nous montons les escaliers, donnons notre ticket et recevons en échange un tampon sur la main. Ici, pas de place attribuée : on se glisse où l’on peut pour tenter d’apercevoir le ring.
Après avoir pris position, nous observons les environs, il ne se passe rien, quelques personnes sont au milieu de l’arène, quand soudain, des hommes commencent à gesticuler, à se mouvoir, à gueuler, je ne comprends pas tout de suite mais c’est le moment des paris.
Ici, pas de paris réglementés, pas de Pari mutuel urbain (PMU), pas de Française des Jeux (FDJ), on pari directement contre l’autre joueur et pour se faire, c’est un système un peu zinzin que l’on appelle le meron-wala. Le meron est le coq favori, le wala est l’outsider.
Dans les faits, vous levez la main, faites un geste codé, indiquer le montant de votre mise (voir le dessin ci-dessous), un autre parieur capte voir signe et va accepter le pari en répondant ou en recopiant votre signe, une fois que c’est fait, le gentlemen agreement est en place et le pari est accepté.

Personnellement, même après y avoir assisté à plusieurs reprises, je n’y comprend toujours rien. Mon seul conseil valable si vous voulez parier sur des combats de coq aux philippines, faites vous accompagner par un local.
Revenons au terrain, les combats débutent, le sang coule, ne comprenant rien, moi et mes camarades décidons de parier entre nous, 100 pesos par combat, celui qui est contre les deux autres en pari 200. Un système bien moins sophistiqué que l’officiel mais qui nous évitera des maux de têtes à essayer de nous faire comprendre par nos amis philippins amoureux de jeux d’argent.
Les combats de coq s’enchaînent, nous assisterons à huit combats, entre odeur de cigarettes, hurlements et une chaleur qui vous donne l’impression de faire du cinq litres d’eau à l’heure. Pour moi, les paris se suivent et se ressemblent : huit défaites, zéro victoire, autant dire que je suis aussi chanceux que Walter Summerford en un temps orageux. Je me dis que statistiquement, perdre huit fois de suite à 50/50 est presque une anomalie élégante (1 chance sur 256). Une rareté qui, malheureusement, a choisi mon portefeuille comme terrain d’expression.
Pourtant, je ne suis pas le moins chanceux dans cette arène, je ne suis pas un combattant, juste un idiot qui a décidé de se délester de quelques billets. Ici, il n’y a pas de seconde chance, soit tu gagnes, soit tu crèves, l’infirmière Joëlle ne viendra pas soigner les blessures du perdant, tout ce qui l’attend c’est une assiette. Dans certains types de combat, un coq pourrait être soigné mais ce n’est pas le cas ici, les coqs combattant avec des lames d’une quinzaine de centimètres appelés éperons artificiels.

Pour l’anecdote, il peut arriver des incidents comme en 2020 lorsqu’un policier est décédé suite à une descente de police dans un combat de coqs. Le représentant des forces l’ordre a attrapé un coq comme preuve, malheureusement pour lui, l’ergot métallique fixé sur la patte de l’animal a tranché son artère fémorale provoquant une hémorragie massive peu après qui le conduit à la mort.
La journée se terminera pour moi avec un bilan de huit défaites pour zéro victoire mais si la dopamine n’a pas eu le plaisir de couler dans mon corps, j’ai eu la chance de découvrir un des sports nationaux des Philippines et l’une des traditions culturelles de la nation aux 7000 îles.