Chapitre 10 — Lévitation

Entre Halloween et aujourd’hui, la vie a continué à battre son plein de la même manière. Alcool, plage, surf, fête : les amitiés se resserrent au fil du temps. Je rencontre de plus en plus de monde et découvre une facilité déconcertante à me lier avec de nouvelles personnes. Je n’ai jamais ressenti ça de toute mon existence. Quels que soient leur genre ou leur nationalité, les mots fusent et les interactions se créent naturellement. Une forme d’alchimie naît avec presque tous ceux que je rencontre, alors que celle-ci n’était autrefois réservée qu’à quelques privilégiés. Je ne dirais pas que je me sens charismatique, mais simplement bien, quelle que soit la situation. Les blancs qui créaient autrefois le malaise dans une discussion ont disparu. J’ai l’impression d’être aussi naturel avec des inconnus qu’avec ma famille ou mes amis les plus proches.

Une nouvelle journée au paradis débute. Il est dix heures. Je me lève, sors avec mes trois bananes, mon sachet de thé et mon sourire : la vie est merveilleuse. Aujourd’hui, je m’apprête à assister à des combats de coqs. Josh est là, buvant son café autour de l’une des deux tables qui constituent le centre névralgique d’Ilakai.

— Prêt pour le combat de coqs ? lui demandé-je.
— Bien entendu. J’ai loué un scooter. On y va dans trente minutes ?
— Ouais, ça va être incroyable.

Je me brosse les dents et nous voilà partis pour vingt minutes de scooter. Nous nous garons aux abords du complexe. La clameur se fait déjà entendre. Nous arrivons à l’entrée du petit stade, payons 150 pesos et nous voilà prêts pour la guerre. Il ne nous reste qu’un escalier à gravir, où l’on nous appose un tampon sur la main. Quelques marches de plus et nous voilà au plus près de l’arène. Les locaux sont quelques centaines. Les odeurs du poulailler, de la sueur et de la cigarette s’entremêlent dans un cocktail merveilleux. Un sourire se dessine sur mon visage : un rêve d’enfance devient réalité sous mes yeux.

Tandis que nous cherchons une place offrant à la fois de l’espace et une belle vue sur les futurs combats, deux dresseurs se font face dans l’arène et s’apprêtent à envoyer leurs poulains vers une mort à moitié certaine. Nous apercevons les lames. Elles sont aussi affûtées que les ongles d’une drag-queen.

Alors que nous ne nous attendons à rien, une cacophonie générale se met en place. Tous les spectateurs font des signes avec leurs doigts et se hurlent dessus. Non, ce n’est pas le début d’une bagarre générale, mais la mise en place des paris. Un spectacle déroutant.

Ne sachant pas comment miser avec nos congénères, Josh et moi décidons de parier entre nous : 100 PHP par combat. Débute un véritable jeu de hasard au cours duquel j’ai le dessus et remporte trois manches sur quatre, me permettant de repartir avec 200 PHP en poche.

Malgré mon amour des paris et des courses hippiques, et alors que j’ai toujours voulu assister à des combats de coqs, je ne sais pas vraiment comment réagir à l’expérience. Elle oscille entre excitation, adrénaline, perversion et dégoût. L’ambiance me rappelle brièvement le monde hippique : folie, cris et mises sont au rendez-vous. Le problème ne se situe pas autour de l’arène, mais à l’intérieur. Un combat en particulier me laisse un goût de charbon dans la bouche et me rappelle une expérience vécue gamin.

Lorsque je n’étais encore qu’un jeune bambin innocent, mes parents m’avaient emmené à une corrida. Certains combats avaient été propres, mais l’un d’eux m’avait marqué. Un toréador incapable d’achever la pauvre bête l’avait laissée couverte de piques, pissant le sang. J’en avais gardé un profond dégoût pour ce type de spectacle. Je ne suis pas Brigitte Bardot, mais, pour qu’il puisse exister un semblant de plaisir dans la souffrance animale, il faut au moins que le spectacle soit beau ou bon. Ici, il n’en était rien.

Revenons à ce combat de coqs qui me dégoûte. À droite de l’arène, un coq blanc — le mien. À gauche, un marron — celui de Josh. Le combat débute et les deux animaux se cherchent légèrement, échangent quelques coups mais n’ont pas l’air particulièrement décidés à en finir. À mesure que le temps passe, ils s’épuisent et finissent presque par s’observer dans le blanc des yeux. L’arbitre les attrape alors par les pattes, les secoue l’un contre l’autre puis les renvoie au sol. Cette action les remotive légèrement, mais sans plus, comme lorsqu’une équipe de football médiocre change d’entraîneur : le levier n’a qu’une faible conséquence sur la motivation des troupes.

Après cinq minutes, les deux coqs ne souhaitent probablement plus qu’une chose : retrouver leur harem. Un doux rêve qui n’arrivera jamais. Le blanc, immaculé au départ, est désormais rouge pourpre. Les deux chancellent et, finalement, le marron s’éteint en premier. Je ne donne guère plus de chances de survie au vainqueur, qui a probablement terminé en coq au vin.

Nous quittons l’arène après ce combat. Encore aujourd’hui, je ne saurais dire si j’ai apprécié ou non cette expérience. Faudrait-il que j’y retourne ?

Après ce déferlement de violence, mon ami germanique et moi souhaitons aller surfer. Direction Santa Fe, un spot bien plus agréable que Jacking Horse et son armée d’instructeurs. Les vagues sont puissantes mais plaisantes et pas impossibles à surfer. Après une session d’un peu plus d’une heure, je rends ma planche et me pose tranquillement en attendant Josh.

Mon téléphone vibre : Mushroom Master.

Je l’avais complètement oublié. Je lui ai promis qu’on se défoncerait ensemble aujourd’hui. Je suis un homme de parole. Je lui commande donc dix grammes de champot’. Nous récupérerons le tout un peu plus tard. Mushroom Master m’apprend que Laura en prend également.

— Nazi, ce soir nous allons sur la lune.
— Que diable ?
— On prend des champignons.
— Très bien.

Pas difficile à convaincre, le Germain.

Sur le chemin du retour, Josh et moi discutons :

— Bro, on vit au paradis, là, tout de même. C’est incroyable. Ça fait trois semaines que j’ai le sourire en continu, que je rencontre des personnes délicieuses et, quoi qu’il puisse m’arriver dans une journée, je reste heureux.
— Ouais, j’ai du mal à réaliser aussi. C’est dingue : ce matin, on vient d’assister à des combats de coqs et ce soir, on va se défoncer aux champignons. Ça, c’est une vie qui vaut la peine d’être vécue.

Retour à l’hôtel. Nous chillons tranquillement pendant deux heures avec Laura, puis direction Coffee Stroll pour ce qui s’apprête à être un aller simple vers la lune. Nous sommes trois sur le scooter, les cheveux au vent. Arrivés au café, nous commandons chacun une boisson puis attendons Ninho.

Ce dernier envoie un message à Laura pour lui annoncer une à deux heures de retard. La Néerlandaise ne se laisse pas faire et possède l’art d’être persuasive : notre ami débarque dans la demi-heure qui suit. Laura nous annonce que, s’il n’était pas venu, nous aurions tout de même pu nous défoncer avec ses anciennes mixtures. Elle transporte deux bouteilles remplies d’un mélange champignons-jus de fruits qui doit dater du siècle dernier. Je suis chaud pour m’intoxiquer, mais pas pour m’empoisonner. Laura elle-même doute de la qualité du produit et n’ose pas ouvrir le récipient. Fort heureusement, nul besoin de procéder au test puisque Ninho fait son entrée.

Il nous salue affectueusement puis récupère sa commande au bar, une sorte de boisson à la pistache qu’il mélange à sa mixture de champignons. Il ajoute ensuite le peu de thé qu’il reste à Laura puis demande deux verres à shot au bartender. Il les remplit et nous voilà partis. Nous enchaînons jusqu’à ce que le mélange ait disparu.

Laura, toujours soucieuse de son vieux produit, lui demande d’y jeter un œil. Ninho saisit l’une des bouteilles et tourne le bouchon.

— Jawa ! s’écrie-t-il.

Un geyser en jaillit, rappelant l’expérience Mentos-Coca, avant de s’étaler sur le sol du café.

— Haha, désolée, Ninho.
— C’est pas grave, je vais nettoyer.

Après avoir réparé les dégâts causés par l’arme de destruction massive de Laura, il est temps de partir. Juste avant notre départ, nous procédons au traditionnel échange dealer-client : produit contre argent. Il nous tend les sachets de délices, Laura les range dans son sac et nous voilà en direction de la plage du Harana, située à quelques centaines de mètres.

Posés sur le sable, sous une lune éclatante et face à la mer, nous remplissons nos bouches de ces petits monstres.

Le décollage est imminent.

La pleine lune n’est que dans deux jours et le ciel est légèrement couvert. Nous bouffons nos champignons. Le goût est plutôt infect, mais leur effet délicieux. Une montée euphorique nous emplit de rire ; chaque palabre devient l’occasion d’une nouvelle crise. Entre deux bouffées, j’observe le ciel. Il me semble plus réel, plus véritable qu’en temps normal. Les couleurs sont plus prononcées, comme si ma capacité à me concentrer sur un point s’était démultipliée.

Tout est plus beau.

Lorsque l’euphorie s’apaise légèrement, je me demande si je suis vraiment éclaté. J’observe mon téléphone et comprends immédiatement que je suis turbo défoncé : l’écran m’explose la gueule. J’ai l’impression d’en distinguer chaque pixel, comme sur une vieille télé cathodique.

Je discute malgré tout avec un pote de mon bled qui m’annonce que sa copine est enceinte. Défoncé, l’information me fait bien marrer. Lors de ma soirée d’anniversaire au casino, très brièvement évoquée dans l’introduction, j’avais annoncé à l’un de mes meilleurs potes que plus rien ne nous attendait dans notre vieille ville perdue. Nos amis se mettaient tous en couple et allaient avoir des gamins, perdant tout intérêt festif ; il y avait peu de femmes et même peu de nouvelles rencontres amicales possibles ; peu d’emplois ; la mer était proche mais laide ; la montagne à l’autre bout du monde.

Qu’est-ce que nous foutions ici ?

Voir cette première prophétie se réaliser à peine plus d’un mois après mon départ ne peut que me faire éclater de rire.

Un rire qui n’effraie guère mes camarades, eux aussi bien éclatés. Je repose finalement cet écran qui me ramène vers la réalité et retourne à l’instant présent. Je suis sur une plage à l’autre bout du monde, à écouter du Boogie Belgique avec trois autres êtres emplis d’amour, à nous taper des barres.

La vie ne m’est que rarement apparue aussi douce.

— Au fait, Mushroom Master, c’est quoi ton prénom ?
— Oh bordel, t’es sérieux, enfoiré ?
— Ahyaaa, désolé mec. Pour moi, t’es Mushroom Master.
— Mais je te l’ai déjà dit, enfoiré !
— Ouais, mais j’ai une mémoire éclatée.
— T’as pas d’excuse, Marlou ! intervient Laura.
— C’est mon nom Instagram en plus, enfoiré !
— Vraiment aucune excuse ! ajoute Laura.
— Ah ouais… bon bah je vais aller voir.

Après avoir trituré mon téléphone, le nom de Mushroom Master m’apparaît : Ninho.

— Ninho… je le savais… pas.
— Bordel, t’es incroyable !
— C’est l’océan qui est incroyable, les gars ! intervient Josh.
— Euh… ouais ?
— Je me sens attiré.
— Genre sexuellement ? demande Ninho.
— Non, je pense plus comme avec les sirènes.
— Va pas te baigner, hein ? Hein, Josh ? lui demande Laura.
— Magnifique, la mer. Vraiment magnifique.
— Vous savez, les sirènes dans l’Odyssée, avec Ulysse.
— Ah ouais, je vois, le dessin animé avec le gros squelette bleu et Ulysse. C’était génial.
— Vous pensez qu’on peut copuler avec une sirène ? demande Ninho.
— L’étendue d’eau en face de nous est sublime, poursuit Josh.
— Non, je parle de celle d’Homère.
— Simpson ? répond Laura.
— Bordel, mais vas-y, elle est surrecyclée, cette vanne.
— La mer m’appelle, elle est superbe… on peut être excité sous champignons ? demande Josh.
— Oh, moi ça va, je me suis branlé cet après-midi. Ça faisait longtemps, je vous jure, ça fait du bien.
— Oh fuck, Marlou ! Je veux pas savoir ça !
— Ah ouais… désolé, c’est sorti tout seul.
— T’es complètement cinglé, hahaha, répond Ninho.
— Venant de toi, c’est comme si Palmade disait à Hanouna qu’il est cocaïnomane. Bon, je l’ai pas dit comme ça, mais j’aime bien la métaphore.
— Merci du compliment. En parlant de cul, vous saviez que j’étais un Kâma-Sûtra master ?
— Hein ?
— Eh oui, les amis. J’ai plusieurs cordes à mon arc.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ? demande Laura.
— C’est des conneries, non ?
— Eh bien, pas totalement. En effet, c’est un sobriquet que j’utilise principalement pour appâter la jouvencelle, mais je suis tout de même un spécialiste.
— J’attends de voir.

Ninho se lance alors dans un grand monologue et nous présente différentes positions sur un ton humoristique. Peu retiennent mon attention, mais l’une d’entre elles me laisse plus que curieux : l’hélicoptère.

— C’est quoi, l’hélicoptère ?
— En fait, tu mets la fille en face de toi et ensuite sbroummmm.

Il mime une fille en train de tourner sur son sexe.

— Sinon, si t’es avec une grosse, bah tu fais l’inverse : la fille sur le dos, toi dans son vagin, et sbroummmm.

Il mime cette fois un type tournant autour d’un fessier tout en étant en l’air.

— Ah ouais… c’est technique comme bordel.
— Je ne suis pas un maître du Kâma-Sûtra pour rien. Mais bon, je ne pense pas avoir tant de choses à t’apprendre à toi.

Il me donne une tape dans le dos.

Il faut dire que Ninho me prend pour un grand malade. Lors d’un de mes blackouts, selon ses dires, j’aurais terminé une soirée avec lui et nombre de ses amis avant de me faire sucer par une jeune femme dans les chiottes du lieu où nous étions. Légèrement épris de honte, je ne lui ai pas demandé davantage de détails.

— Hum… et sinon, il est où, Josh ? demande Ninho.
— Ah ouais… il doit être parti pour les États-Unis, là, répond Laura.
— Ooooh, vous inquiétez pas. Il doit pas être bien loin. J’irais bien chercher des jus de fruits au bar à côté, ça vous dit ?
— Vas-y, je rince, lui dis-je en lui tendant un billet de 500 pesos.
— Merci, mon brave.

C’est alors que Josh revient de sa petite promenade. Laura et moi sommes absorbés par la lune et ne prêtons aucune attention à notre camarade qui repose son postérieur sur le sable. Une dizaine de minutes plus tard, Ninho revient avec deux smoothies, l’un à la pastèque, l’autre à la banane. Leur goût est infiniment meilleur qu’en temps normal. Une explosion de saveurs me pète à la gueule. Je n’ai jamais autant apprécié un smoothie.

— Ça vous dit d’aller dans le bar ? demande Ninho.
— Euh…
— Ouais, pourquoi pas, répond Laura.
— Carrément, ajoute Josh.
— T’en viens pas tout juste ? On est bien là, non ?
— Non, t’inquiète, ça va être cool.

Je ne suis absolument pas chaud. La plage formait un cocon qui m’épargnait toute idée paranoïaque. Je suis défoncé et, plus nous nous rapprochons du bar, plus les lumières deviennent fortes.

L’obscurité m’offrait une protection. Elle n’est plus.

Assis autour d’une table, mon corps se met à fondre. Je sue à grosses gouttes. Le verre d’eau posé devant moi depuis à peine une minute est déjà vide. Je demande à Ninho si je peux lui voler le sien. Il me le tend avec un grand sourire et je le vide tout aussi rapidement.

Laura, complètement défoncée, se lève pour rejoindre les toilettes. Une dizaine de secondes plus tard, la lumière principale de l’établissement s’éteint. Un énorme fou rire se fait entendre : notre camarade néerlandaise a confondu les interrupteurs. À son retour, nous décidons de quitter les lieux pour aller manger des pizzas.

Je me sens toujours fondre.

— Bordel, t’es tout blanc, mon pote, me dit Ninho.
— Ouais, je transpire comme un porc.
— On dirait un peu un vampire de Twilight, avec ta petite chemise rose et ta peau toute blanche.
— Si je pouvais boire le sang d’un type, je le ferais, mon vieux.

Nous arrivons face au comptoir de la pizzeria. Mes camarades souhaitent commander seulement deux pizzas. Face aux choix drastiques qui s’offrent à nous, je ne souhaite qu’une chose : une pizza au fromage.

J’obtiens gain de cause.

À son arrivée, je défonce la pizza. Mon corps continue de fondre. Je suis blanc et transpirant, la lumière m’agresse comme le soleil face à ceux de ma propre race.

— On se boufferait pas des snacks en rentrant à l’hôtel ? demandé-je à mes camarades.
— Vous voulez pas aller à la soirée full moon ? propose Ninho.
— Ohlà, moi je suis bien trop défoncé pour sociabiliser.
— Pareil.
— Pareil, mais je suis chaud pour les snacks. Je paye les pizzas et tu prends les snacks ? me dit Josh.
— Oh carrément, héhéhé.

Les snacks ne devraient pas coûter plus cher que deux pizzas, environ 400 PHP. Je suis un vrai businessman, même complètement défoncé.

— Tu peux prendre des cookies, s’il te plaît ? me demande l’Allemand.
— Ouais, pas de problème, mon pote !

Il me reste 600 PHP, environ dix euros. Je choisis un paquet de Cheetos monstrueux, un paquet de chips et un truc un peu pimenté.

— Bonjour ! Comment allez-vous ?
— Oh, ça va, et vous ?
— Oh, ça ne peut qu’aller bien à Siargao.
— Vous aimez bien l’île ?
— Oh bordel, je l’adore ! Quelle île merveilleuse.
— Ça fera 592 pesos.

Un rictus apparaît sur mon visage. Je ne pensais pas en avoir pris pour autant. Je tends le pognon qu’il me reste et, en grand prince, lui dis de conserver la monnaie avant de rejoindre mes camarades, les bras chargés de victuailles.

— Ils sont où, les cookies ? me lance Laura.
— Ah bordel, je savais que j’avais oublié quelque chose.
— Il va faire la gueule, Josh.
— Ils font tout le temps la gueule, les Allemands.

Josh revient, un grand sourire illuminant son visage.

— Il a oublié les cookies, annonce Laura, tuant le suspense dans l’œuf.

Le sourire disparaît aussi vite qu’il est apparu.

— Je savais qu’on ne pouvait pas faire confiance à un Français.

Nous chargeons les snacks dans les sacs de Josh et Laura avant de dire au revoir à Ninho. Ce dernier prend un tricycle et s’en va vers de nouveaux horizons. De notre côté, nous repartons vers le scooter de Josh. Laura s’installe derrière lui, elle sera le sandwich, et je prends place à l’arrière.

Après un trajet parfaitement sûr et sans danger, nous sommes de retour à nos appartements.

Laura sort ce qu’il reste de nos produits et, diable, dans la pénombre je n’avais pas vu la tronche de ces monstres. Je n’imaginais pas que le paradis pouvait être aussi laid.

La défonce étant bien trop agréable pour se montrer pointilleux sur un détail esthétique, nous partageons le reste et en donnons également à Cy. En route pour la deuxième partie du voyage, davantage individuelle que collective. Nous nous posons, allumons la télévision et lançons des vidéos psychédéliques façon écran de veille Windows 98.

Les couleurs sont vives. Tout se découpe petit à petit. Je reste fixé à l’écran pendant près d’une heure. Entre-temps, Laura et Josh sont partis rejoindre leurs lits respectifs.

Je finis par les imiter.

J’allume mon PC et commence à écrire sur cette merveilleuse soirée. Néanmoins, mes facultés de concentration ne sont pas à leur plénitude. Josh m’envoie un message :

— Mec, écoute de la musique, c’est incroyable.

Je suis le conseil de mon ami germanique et pose mon casque acheté cinq euros chez Action sur mes oreilles. Je lance SoundCloud en shuffle et tombe sur un morceau d’Ennio Morricone : The Mission.

Comment décrire ce qui devient l’un des plus grands orgasmes auditifs de ma vie ? J’ai l’impression d’entendre chaque instrument distinctement. Tout mon être est capté par le son. La chair de poule apparaît et des larmes commencent à couler.

Je repense à Laura qui m’avait raconté avoir un jour pleuré de bonheur, seule sur une plage, jusqu’à ce qu’un type l’interpelle en pensant qu’elle allait mal. Je trouvais alors qu’il devait être sacrément compliqué de chialer de bonheur.

Je peux maintenant expérimenter cet état de fait.

Qui est l’abruti qui a décrété que les champignons étaient illégaux ?

Chapitre 9

Chapitre 11