Chapitre 10

Dimanche 6 novembre 2022,

Entre ce jour et la fête d’Halloween, la vie a continué à battre son plein de la même manière. Alcool, plage, surf, fête, les amitiés se resserrant au fil du temps. Je rencontre de plus en plus de monde et j’ai une facilité déconcertante à me lier avec de nouvelles personnes. Je n’ai jamais ressenti ça de toute mon existence. Quel que soit le genre de la personne ou sa nationalité, les mots fusent et me permettent de créer de l’interaction. Une forme d’alchimie se crée avec quiconque je rencontre, alors que ceci n’était réservé qu’à quelques privilégiés dans le passé. Je ne dirais pas que je me sens charismatique, mais je me sens bien quelle que soit la situation. Les blancs qui créent le malaise dans une discussion n’existent plus et j’ai l’impression d’être aussi naturel avec tous que je pourrais l’être avec seulement ma famille et mes amis les plus proches.

Une journée au paradis débute de nouveau. Il est dix heures, je me lève, sors avec mes trois bananes, mon sachet de thé et mon sourire ; la vie est merveilleuse. Aujourd’hui, je m’apprête à aller voir des combats de coqs. Josh est là, buvant son café, assis autour de l’une des deux tables qui constituent le centre névralgique d’Ilakai.

— Prêt pour le combat de coqs ? lui demandai-je.

— Bien entendu, j’ai loué un scooter. On y va dans trente minutes ?

— Ouais, ça va être incroyable.

Je me brosse les dents et nous voilà partis pour vingt minutes de scooter. Nous nous garons aux abords du complexe. La clameur se fait déjà entendre. Nous arrivons à l’entrée du petit stade, payons 150 pesos et nous voilà prêts pour la guerre. Il ne nous faut monter qu’un escalier, où l’on nous met un coup de tampon sur la main ; quelques marches de plus et nous voilà au plus proche de l’arène. Les locaux sont quelques centaines, les odeurs du poulailler, de la sueur et de la cigarette s’entremêlent, un cocktail merveilleux. Un sourire se dresse sur mon visage : un rêve d’enfance devient réalité sous mes yeux.

Tandis que nous cherchons une place pour avoir à la fois de l’espace et une belle vue sur les futurs combats, deux dresseurs se font face dans l’arène et s’apprêtent à lancer leurs poulains vers une mort à moitié certaine. Nous apercevons les lames, elles sont aussi affûtées que les ongles d’un drag-queen.

Alors que nous ne nous attendons à rien, une cacophonie générale se met en place : tous les spectateurs font des signes de doigts et se hurlent dessus. Non, ce n’est pas le début d’une bagarre générale mais la mise en place des paris, un spectacle déroutant.

Ne sachant pas comment parier avec nos congénères, Josh et moi décidons de parier entre nous, 100 PHP par combat. Débute un véritable jeu de hasard entre nous, au cours duquel j’aurai le dessus et remporterai trois manches sur quatre, me permettant de repartir avec 200 PHP en poche.

Malgré le fait que je sois un grand fan de paris et de courses hippiques et que j’aie toujours voulu voir des combats de coqs, je ne sais trop comment réagir à cette expérience, qui se partage entre excitation, adrénaline, perversion et dégoût. L’ambiance m’a brièvement fait penser au monde hippique : excitation, folie, cris et paris sont au rendez-vous. Le problème ne se situe pas autour de l’arène mais à l’intérieur. Un combat en particulier me laisse un goût de charbon dans la bouche et m’a fait penser à une expérience que j’ai vécue gamin.

Lorsque je n’étais encore qu’un jeune bambin innocent, mes parents m’ont emmené à une corrida. Certains combats étaient propres mais l’un d’entre eux m’a marqué : un toréador était incapable de finir la pauvre bête ; celle-ci a fini emplie de piques, pissant le sang, et m’a laissé un profond dégoût pour ce type de spectacle. Je ne suis pas Brigitte Bardot mais, pour qu’il y ait un semblant de plaisir dans la souffrance animale, il faut que cela soit beau ou bon ; ici, il n’en était rien.

Revenons à ce combat de coqs qui m’a dégoûté. À droite de l’arène, un coq blanc (mon coq) ; à gauche, un coq marron (celui de Josh). Le combat débute et les coqs se cherchent légèrement, se mettent quelques coups mais n’ont pas l’air de vouloir en finir. Plus le combat avance, plus les coqs s’épuisent et ne font plus que s’observer dans le blanc des yeux. C’est alors que l’arbitre les attrape par les pattes, les secoue l’un contre l’autre, puis les renvoie sur le sol. Cette action les remotivera légèrement, mais sans plus, comme lorsqu’une équipe de football de mauvais niveau change d’entraîneur : le levier n’a qu’une faible conséquence sur la motivation des troupes. Après cinq minutes de combat, les deux coqs ne souhaitent qu’une chose : retrouver leur harem, un doux rêve qui n’arrivera jamais. Le coq blanc, immaculé de sang au départ, est maintenant d’un rouge pourpre. Les deux chancellent et, finalement, le coq marron s’éteint en premier. Je ne donne guère plus de chances de survie au vainqueur, qui a dû terminer en coq au vin.

Nous quittons l’arène après ce combat. Encore aujourd’hui, je ne saurais dire si j’ai apprécié ou non cette expérience ; faudrait-il que j’y retourne ?

Après ce déferlement de violence, mon ami germanique et moi souhaitons aller surfer, direction Santa Fe et un spot bien plus agréable que Jacking’s Horse et son armée d’instructeurs. Les vagues sont puissantes mais agréables et pas impossibles à surfer. Suite à une session d’un peu plus d’une heure, je rends ma planche et me pose tranquillement en attendant Josh. Mon téléphone m’envoie une notification : un message de Mushroom Master. Je l’avais complètement oublié, je lui ai promis qu’on se défoncerait ensemble aujourd’hui. Je suis un homme de parole, je lui commande alors 10 grammes de champot’, nous récupérerons le tout un peu plus tard. Mushroom Master m’apprend que Laura en prend aussi.

— Nazi, ce soir nous allons sur la lune.

— Que diable ?

— On prend des champignons.

— Très bien.

Pas difficile à convaincre, le Germain. Sur le chemin du retour, Josh et moi commençons à discuter :

— Bro, on vit au paradis là, tout de même. C’est incroyable, ça fait trois semaines que j’ai le sourire en continu, que je rencontre des personnes délicieuses et, quoi qu’il puisse m’arriver dans une journée, je reste heureux.

— Ouais, j’ai du mal à réaliser aussi. C’est dingue : ce matin on vient d’assister à un combat de coqs et ce soir on va aller se défoncer aux champignons. Ça, c’est une vie qui vaut la peine d’être vécue, me répond Josh.

Retour à l’hôtel. On chill tranquillement pendant deux heures avec Laura et Josh, puis direction Coffee Stroll, pour ce qui s’apprête à être un aller simple vers la lune. Nous sommes trois sur le scooter, les cheveux au vent. Nous arrivons au café, commandons chacun une boisson puis attendons Nino.

Ce dernier envoie un message à Laura, lui disant qu’il aurait du retard, une à deux heures. La Néerlandaise ne se laisse pas faire et elle a l’art d’être persuasive : notre ami Nino arrive dans la demi-heure qui suit. Laura nous annonce que, si jamais Nino n’était pas venu, on aurait tout de même pu se défoncer avec ses anciennes mixtures. Elle a avec elle deux bouteilles remplies d’un mélange champignons–jus de fruits qui doit dater du siècle dernier. Je suis chaud pour m’intoxiquer, mais pas pour m’empoisonner. La Néerlandaise a elle-même un doute sur la qualité du produit mais n’ose pas ouvrir le récipient. Fort heureusement pour nous, nul besoin de le tester car Nino fait son entrée.

À son arrivée, il nous salue tous de manière affectueuse puis récupère sa commande au bar, une sorte de boisson à la pistache qu’il mélange avec sa mixture à base de champignons. Il commence à mélanger ça avec le peu de thé qu’il reste à Laura. Puis, une fois la mixture faite, il va demander deux verres à shooter au bartender. Il remplit les deux shooters et nous voilà partis, nous enchaînons jusqu’à ce que les deux verres soient vides de leur contenu.

Laura, soucieuse de son produit, lui demande d’y jeter un œil. Nino saisit une des bouteilles puis tourne le bouchon afin de l’ouvrir.
« Jawa ! » s’écrie-t-il (une insulte qui fait appel au démon). Un geyser jaillit de la bouteille, rappelant le mélange mentos–coca, et finit par s’étaler sur le sol du café.

— Haha, désolé Nino.
— Ce n’est pas grave, je vais nettoyer.

Suite à cet incident, Nino s’occupe de réparer les dégâts de l’arme de destruction massive de Laura. Retour à la normale, il est temps de s’en aller. Juste avant notre départ, nous procédons à l’échange classique dealer-client, à savoir l’échange produit–argent. Il nous envoie les sachets de délices, Laura les place dans son sac et nous voilà partis pour la plage du Harana, située à quelques centaines de mètres plus loin. Là, posés sur le sable, sous la lune éclatante et face à la mer, nous remplissons nos bouches de ces petits monstres. Le décollage est imminent.

La pleine lune n’est que dans deux jours, le ciel est légèrement couvert. Nous nous mettons à bouffer nos champignons. Le goût est plutôt infect, mais leur effet est délicieux. Une montée euphorique nous enivre de rire, chaque palabre devient l’occasion de reprendre une bouffée de rire. Entre ces bouffées, j’observe le ciel : il me semble plus réel, plus véritable qu’en temps normal. Les couleurs sont plus prononcées, comme si ma faculté de concentration sur un point était plus forte ; tout est plus beau.

Lorsque tout s’apaise, je me demande si je suis vraiment éclaté. J’observe mon téléphone et je comprends que je suis turbo défoncé : il m’explose la gueule, j’ai l’impression de voir tous les pixels, comme sur une vieille télé cathodique. Néanmoins, je discute avec un pote de mon bled qui m’annonce que sa copine est enceinte. Défoncé, l’information me fait bien marrer. J’avais annoncé à l’un de mes meilleurs potes, lors de la soirée anniversaire casino (très brièvement mentionnée dans l’intro), que plus rien ne nous attendait dans notre vieille ville perdue. Nos potes se mettaient tous en couple et allaient avoir des gamins, perdant tout intérêt festif ; il y avait peu de femmes et même peu de rencontres amicales possibles ; peu d’emplois ; la mer était proche mais laide ; la montagne à l’autre bout du monde ; qu’est-ce que nous foutions ici ? Lorsque je voyais ma première prophétie se réaliser à peine plus d’un mois après mon départ, je ne pouvais m’empêcher d’éclater de rire.

Un rire qui n’effrayait pas plus que ça mes camarades, eux aussi bien éclatés. Je décidai donc de reposer cet écran qui me ramenait vers la réalité et de retourner à cet instant de bonheur. Je suis sur une plage à l’autre bout du monde, à écouter du Boogie Belgique avec trois autres êtres emplis d’amour, à se taper des barres. La vie ne m’est que rarement apparue aussi douce et merveilleuse.

Moi :
Au fait, Mushroom Master, c’est quoi ton prénom ?

Mushroom Master :
Oh bordel, t’es sérieux, enfoiré ?

Moi :
Ahyaaa, désolé mec, pour moi t’es Mushroom Master.

Mushroom Master :
Mais je te l’ai déjà dit, enfoiré !

Moi :
Ouais, mais j’ai une mémoire éclatée.

Laura :
T’as pas d’excuse, Marlou !

Mushroom Master :
C’est mon nom Instagram en plus, enfoiré !

Laura :
Vraiment aucune excuse !

Moi :
Ah ouais… bon bah je vais aller voir.

Après avoir trituré mon téléphone, le nom de Mushroom Master m’apparaît : Nino.

Moi :
Nino… je le savais… pas.

Nino :
Bordel, t’es incroyable !

Josh :
C’est l’océan qui est incroyable, les gars !

Moi :
Euh… ouais ?

Josh :
Je me sens attiré.

Nino :
Genre sexuellement ?

Moi :
Non, je pense plus comme avec les sirènes.

Laura :
Va pas te baigner, hein ? Hein, Josh ?

Josh :
Magnifique, la mer. Vraiment magnifique.

Moi :
Vous savez, les sirènes dans l’Odyssée, avec Ulysse.

Laura :
Ah ouais, je vois, le dessin animé avec le gros squelette bleu et Ulysse, c’était génial.

Nino :
Vous pensez qu’on peut copuler avec une sirène ?

Josh :
L’étendue d’eau en face de nous est sublime.

Moi :
Non, je parle de celle d’Homère.

Laura :
Simpson ?

Moi :
Bordel, mais vas-y, elle est surrecyclée, cette vanne.

Josh :
La mer m’appelle, elle est superbe… on peut être excité sous champignons ?

Moi :
Oh moi ça va, je me suis branlé cet après-midi. Ça faisait longtemps, je vous jure, ça fait du bien.

Laura :
Oh fuck, Marlou ! Je veux pas savoir ça !

Moi :
Ah ouais… désolé, c’est sorti tout seul.

Nino :
T’es complètement cinglé, hahaha.

Moi :
Venant de toi, c’est comme si Palmade disait à Hanouna qu’il est cocaïnomane. Bon, je l’ai pas dit comme ça, mais j’aime bien la métaphore.

Nino :
Merci du compliment. En parlant de cul, vous saviez que j’étais un Kâma-Sûtra master ?

Moi :
Hein ?

Nino :
Eh oui, les amis. J’ai plusieurs cordes à mon arc.

Laura :
Mais qu’est-ce que tu racontes ?

Moi :
C’est des conneries, non ?

Nino :
Eh bien, pas totalement. En effet, c’est un sobriquet que j’utilise principalement pour appâter la jouvencelle, mais je suis tout de même un spécialiste.

Moi :
J’attends de voir.

Nino se lance alors dans un grand monologue et nous présente différentes positions sur un ton humoristique. Peu retiennent mon attention, mais l’une d’entre elles me laisse plus que curieux : l’hélicoptère.

Moi :
C’est quoi, l’hélicoptère ?

Nino :
En fait, tu mets la fille en face de toi et ensuite sbroummmm
(il mime une fille en train de tourner sur son sexe).
Sinon, si t’es avec une grosse, bah tu fais l’inverse : la fille sur le dos, toi dans son vagin, et sbroummmm.
(il mime un type en train de tourner autour du fessier tout en étant en l’air)

Moi :
Ah ouais… c’est technique comme bordel.

Nino :
Je ne suis pas un maître du Kâma-Sûtra pour rien. Mais bon, je ne pense pas avoir tant de choses à t’apprendre à toi.
(Il me met une tape dans le dos.)

Il faut dire que Nino me prend pour un grand malade. Lors d’un de mes blackouts, selon ses dires, j’aurais apparemment terminé une soirée avec lui et nombre de ses amis. Pour finir, je me serais fait sucer par une jeune femme dans les chiottes du lieu où nous étions. Légèrement épris de honte, je ne lui ai pas demandé plus de détails.

Nino :
Hum… et sinon, il est où, Josh ?

Laura :
Ah ouais… il doit être parti pour les États-Unis, là.

Nino :
Ooooh, vous inquiétez pas. Il doit pas être bien loin. J’irais bien chercher des jus de fruits au bar à côté, ça vous dit ?

Moi :
Vas-y, je rince, lui dis-je en lui tendant un billet de 500 pesos.

Nino :
Merci, mon brave.

C’est alors que Josh revient de sa petite promenade. Laura et moi sommes absorbés par la lune et ne prêtons aucune attention à notre camarade qui repose son postérieur sur le sable. Une dizaine de minutes plus tard, Nino revient avec deux smoothies, un à la pastèque et l’autre à la banane. Le goût est infiniment meilleur qu’en temps normal. Une explosion de saveur me pète à la gueule, je n’ai jamais autant apprécié un smoothie.

Nino :
Ça vous dit d’aller dans le bar ?

Moi :
Euh…

Laura :
Ouais, pourquoi pas

Josh :
Carrément

Moi :
T’en viens pas tout juste, on est bien là, non ?

Nino :
Non, t’inquiète, ça va être cool.

Je ne suis absolument pas chaud. La plage était un cocon pour moi, m’évitant toute idée parano. Je suis défoncé et plus on se rapproche du bar, plus la lumière devient forte. L’obscurité m’offrait une protection, elle n’est plus.

Assis autour de la table, mon corps se met à fondre. Je sue à grosses gouttes, le verre d’eau qui me faisait face et servi une petite minute auparavant est déjà vide. Je demande à Nino si je peux lui voler le sien, il me le tend avec un grand sourire ; je le vide tout aussi vite.

Laura, complètement défoncée, se lève pour rejoindre les toilettes. Une dizaine de secondes plus tard, la lumière principale de l’établissement se coupe. Un énorme fou rire se fait entendre, notre camarade néerlandaise a confondu les interrupteurs. À son retour, nous décidons de quitter les lieux afin d’aller manger des pizzas. Je me sens toujours fondre.

— Bordel, t’es tout blanc, mon pote, me dit Nino.

— Ouais, je transpire comme un porc.

— On dirait un peu un vampire de Twilight, avec ta petite chemise rose et ta peau toute blanche.

— Si je pouvais boire le sang d’un type, je le ferais, mon vieux.

Nous arrivons face au comptoir de la pizzeria. Mes camarades souhaitent prendre seulement deux pizzas ; face aux choix drastiques qui s’offrent à nous, je ne souhaite qu’une chose : une pizza au fromage. J’aurai gain de cause.

À son arrivée, je défonce la pizza. Mon corps est toujours en train de fondre. Je suis blanc et transpirant, la lumière m’agresse comme le soleil face à ceux de ma propre race.

— On se boufferait pas des snacks en rentrant à l’hôtel ? demandai-je à mes camarades.

— Vous voulez pas aller à la soirée full moon ? nous demande Nino.

— Ohlà, moi je suis bien trop défoncé pour sociabiliser.

— Pareil.

— Pareil, mais je suis chaud pour les snacks. Je paye les pizzas et tu prends les snacks ? me dit Josh.

— Oh carrément, héhéhé.

Les snacks ne devraient pas coûter plus cher que deux pizzas, environ 400 PHP. Je suis un vrai businessman, même complètement défoncé.

— Tu peux prendre des cookies, s’il te plaît ? me demande l’allemand

— Ouais, pas de problème, mon pote !

Il me reste 600 PHP, environ dix euros, pour acheter des snacks. Je choisis un paquet de Cheetos monstrueux, un paquet de chips et un truc un peu pimenté.

— Bonjour ! Comment allez-vous ?

— Oh, ça va, et vous ?

— Oh, ça ne peut qu’aller bien à Siargao.

— Vous aimez bien l’île ?

— Oh bordel, je l’adore ! Quelle île merveilleuse.

— Ça fera 592 pesos.

Un rictus apparaît sur mon visage, je ne pensais pas en avoir pris pour autant. Je tends le pognon qu’il me reste et, en grand prince, je lui dis de conserver la monnaie avant de retourner vers mes camarades, qui me voient débarquer les bras chargés de victuailles.

— Ils sont où, les cookies ? me lance Laura.

— Ah bordel, je savais que j’avais oublié quelque chose.

— Il va faire la gueule, Josh.

— Ils font tout le temps la gueule, les Allemands.

Josh revient, un grand sourire illuminant son visage.

— Il a oublié les cookies, dit Laura, tuant le suspense dans l’œuf.

Le sourire disparaît aussi vite qu’il est apparu.

— Je savais qu’on ne pouvait pas faire confiance à un Français.

Nous chargeons alors les snacks dans le sac de Josh et de Laura avant de dire au revoir à Nino. Ce dernier prend un tricycle et s’en va vers de nouveaux horizons. De notre côté, nous partons vers le scooter de Josh. Laura se place derrière lui, elle sera le sandwich, et je prends place à l’arrière.

Après un trajet sûr et sans danger, nous sommes de retour à nos appartements. Laura sort ce qu’il nous reste de nos produits et, diable, dans la pénombre je n’avais pas vu la tronche de ces monstres ; je n’imaginais pas que le paradis était aussi laid.

La défonce étant bien trop agréable pour être pointilleux sur un détail esthétique, on se partage ce qui reste et on en donne aussi à notre camarade Cy. En route pour la deuxième partie de la défonce, qui sera plus dans l’individuel que dans le partage. On se pose, on allume la télé et on met des vidéos psychédéliques, type écrans de veille Windows 98.

Les couleurs sont vives, tout se découpe petit à petit. Je reste fixé à l’écran pendant environ une heure. Entre-temps, Laura et Josh sont partis dans leurs lits respectifs. Je vais les imiter.

J’allume mon PC et commence alors à écrire sur cette merveilleuse soirée ; néanmoins, mes facultés de concentration ne sont pas à leur plénitude. Josh m’envoie un message :

— Mec, écoute de la musique, c’est incroyable.

Je suis les conseils de mon ami germanique et place mon casque acheté cinq euros chez Action sur mes oreilles. Je lance SoundCloud en shuffle et tombe sur un son merveilleux d’Ennio Morricone : The Mission.

Comment décrire ce qui est l’un des plus grands orgasmes auditifs que j’ai eus de ma vie ? J’avais l’impression d’entendre chaque instrument distinctement, tout mon être était capté par le son. La chair de poule apparaît et des larmes commencent à arriver. Je repense à Laura qui me parlait d’une anecdote, le fait qu’elle avait pleuré de bonheur, seule, sur la plage, et qu’un type l’avait interpellée pensant qu’elle allait mal. Je me disais qu’il était tout de même fort compliqué de chialer de bonheur ; je pouvais maintenant expérimenter cet état de fait.

Qui est l’abruti qui a décrété que les champignons étaient illégaux ?

Chapitre 9

Chapitre 11