Je suis de retour à Manille. La ville m’avait séduit lors de mon premier passage, il n’en sera rien lors du second. J’ai décidé de me faire plaisir et de me prendre un Airbnb situé entre Pasay (le lieu le plus crappy de Manille selon moi) et Makati (le lieu où l’on fait la fête, si l’on excepte BGC réservé aux riches et aux expats). J’ai une chambre qui donne sur une rue un peu miteuse, ça ne me dérange pas, je me sens dans mon élément.
Je suis arrivé aux alentours de 15 heures lundi. Je contacte May, celle-ci me répond assez froidement. Je lui demande si elle souhaite que l’on se rencontre, elle n’en a aucune envie. Elle ne me le dira pas frontalement mais il ne me sera pas difficile de le deviner. J’ai raté ma chance, il ne sert à rien de s’enfoncer dans un bourbier, je ne la reverrai jamais. Je contacte aussi Reina, une jeune femme rencontré sur Siargao, cette dernière est bien plus réceptive mais n’est disponible que ce week-end. Je recontacte Rei, elle n’est, elle aussi, disponible que ce week-end. Nous sommes lundi, je sens déjà le traquenard venir et l’ennui faire son nid ; je réinstalle Tinder.
Ma semaine jusqu’au week-end va donc se constituer d’un long mélange entre écriture, cuites solitaires, sexe sporadique avec des inconnues et Sekiro. Après chaque session de sexe, je me sens légèrement sale, comme l’impression d’être une femme de joie. Je ne ressens pas de connexion et cela me fait me sentir de plus en plus mal. En particulier en sachant que je vais voir, ce week-end, deux filles que j’apprécie : Rei le vendredi puis Reina le samedi.
Le week-end arrive. Je rejoins Rei dans un restaurant mexicain proche de Makati. On picole, on enchaîne les bières, je commence à être un peu bourré. J’avais, avant de la rejoindre, bu deux canettes de bière. J’aime bien arriver légèrement éméché à mes rendez-vous galants pour quelques raisons : premièrement car je suis un peu introverti et cela me permet donc d’être plus ouvert et plutôt drôle ; deuxièmement, et point le plus important, j’ai une maladie que l’on nomme tremblement essentiel et qui s’avère pénible lorsque je suis un peu stressé, ce qui est bien souvent le cas lors d’un date. L’alcool me permet de mettre sous silence mes tremblements.
Nous continuons de boire sans nous arrêter jusqu’à ce que la question revienne : que faire après avoir bu et mangé ? Du sexe, pardi. Cependant, je me prendrai une petite surprise. Moi qui avais pensé être une bête de sexe la première fois, il n’en était qu’à moitié vrai. Ma compagne du soir me fera savoir que je m’étais endormi alors que je la prenais en levrette lors de notre premier rendez-vous. Je n’ai pu m’empêcher d’exploser de rire en apprenant la performance que j’avais accomplie. Le soir même, je me révélerai être bien plus performant, lui offrant de multiples sessions sans jamais faillir. Je me découvre être, non pas une bête de sexe, mais un amant plus que correct. Je ne serai probablement jamais Rocco Siffredi mais je peux m’enorgueillir d’être au moins capable de satisfaire une demoiselle et son besoin sexuel.
Il faut savoir que j’étais très stressé quant à cette capacité à offrir du plaisir à une femme, tant et si bien que par le passé j’ai usé de stratagèmes tels que le Viagra pour me permettre de performer. Une bien mauvaise idée car je n’en avais absolument pas besoin. J’avais eu une panne dans ma vie antérieure qui m’a bloqué pendant quelque temps ; la peur psychique, le stress sont des monstres qui vous tirent vers le bas et créent un cercle vicieux qui ne fait que vous morfondre dans votre incapacité quand bien même vous êtes capable. Ce jour-là m’a fait comprendre que j’avais vaincu ce démon. Je n’étais plus le mâle eunuque, j’étais une machine de guerre ; en tout cas, je tentais de m’en convaincre.
Le samedi se lève. Lei vient de me quitter, mes bourses sont vides et mon corps sous basse tension. L’alcool, lui, ne me fait plus rien. Les gueules de bois sont en quelque sorte mon quotidien ; une journée sans alcool ne fait plus partie de mes habitudes. Je ne sais comment décrire ce besoin constant d’alcool, cette impression de ne faire qu’un avec le poison et que l’ennui de la vie vous attaque dès qu’il n’est plus présent. Quelle que soit mon activité, mon meilleur pote se doit d’être là. Qu’importe la fièvre, les tremblements, les maux de tête, la fatigue ou la diarrhée, il est mon tortionnaire et mon remède. Je ne crois plus qu’en lui pour rendre ma vie meilleure. Je l’aime, bien qu’il me déteste.
J’ai un nouveau rendez-vous avec une femme qui hante mes rêves : Reina. Cette merveilleuse Philippine de 29 ans a pris mon cœur lors de mon séjour à Siargao. Elle séjournait, elle aussi, à Ilakai. Je ne l’a voyais que de temps à autres car ce n’était pas une femme de la nuit.
Reina me donne rendez-vous vers Makati Poblacion, le quartier des mille et un plaisirs, que je visiterai par la suite bien plus profondément. J’arrive aux alentours de 21 heures. J’ai bu, comme à mon habitude, deux canettes avant de la rejoindre. Malheureusement pour moi, les Philippins ne sont pas très stricts en ce qui concerne les horaires. Je végéterai durant plus d’une heure, en jouant aux échecs sur mon téléphone dans un coin de ruelle sombre en attendant. Mon alcoolémie commençait à me quitter lorsque la demoiselle me rejoint et son statut de déesse fondit aussi vite qu’une banquise face au réchauffement climatique. L’impression de n’être pris que pour un consommable, mon temps n’ayant pas plus d’importance que cela pour celle que je pensais être potentiellement une future petite amie. Il n’en est et ne sera rien.
Cette soirée sera tout de même agréable. Suite à l’arrivée de cette merveilleuse brune, pourvue d’un bonnet C selon mon œil avisé, nous partirons en direction d’un bar quelque peu clandestin où le prix de la bière rivalise avec celui d’un bar parisien. Makati a cela de surprenant que le coût de la fête n’est pas moindre qu’en France. Ses amis, Lausanne et Mike, en couple, ne cesseront de me dire que Manille est dangereuse et qu’il faut se méfier ; tous leurs avertissements tomberont dans l’oreille d’un sourd. Nous boirons jusqu’à plus soif puis Reina et moi prendrons un chemin différent de celui du couple d’amis, direction mon Airbnb.
Vous commencez à me connaître, cela ne devrait être que le prémice d’une soirée de sexe. Il n’en sera pourtant rien, nous ne ferons que discuter. Pourtant, cette discussion m’offrira plus de goût et de plaisir que les trois parties de jambes en l’air que je me suis offertes grâce à cette merveilleuse application qu’est Tinder au cours de cette semaine. J’apprendrai à découvrir une femme cultivée, raffinée, artiste, trahie par de nombreux amoureux au cours de son existence. Peu à peu, je me vois découvrir en elle plus que de simples formes offrant des sensations à mon entrejambe.
Alors que nous sommes tous deux sur le lit, habillés, en train de nous dévisager, je n’ose l’embrasser et elle non plus. Il n’y aura rien de plus que le partage de nos existences. J’en découvrirai bien plus sur elle que si elle s’était dénudée. Aux environs de quatre heures, je la prends dans mes bras, un câlin merveilleux qui ne s’arrêtera qu’au bout d’une longue minute. Elle me quitte avec la promesse que l’on se reverra. Qu’en sera-t-il ? Je n’en ai cure.
Les bras de Morphée me prendront ensuite.
Le dimanche s’éveille et me sort de ma torpeur. Je fais mes cent pompes quotidiennes. Je sais que la semaine prochaine sera la même et je ne souhaite pas la revivre. Je me balade sur Instagram et vois Laura en compagnie d’un visage qui m’est familier : She. Je ne comprends pas spécialement. She est sur Siargao et Laura s’est envolée ailleurs. Il s’avère, après avoir discuté avec elle, que la jeune femme de 1994 (mon année aussi, par ailleurs) est devenue fort amie avec ma proie d’un soir. Elles sont en voyage du côté de Moalboal, un lieu réputé pour ses cascades et ses spots de plongée. Laura m’apprend qu’elle part ensuite du côté du Vietnam. Je m’engouffre dans la brèche et lui demande si cela la dérangerait que je l’accompagne dans son nouveau voyage. Je n’en peux plus de Manille et il me faut trouver une nouvelle aventure. Laura me répond positivement.
Je prends mon visa pour le Vietnam et trois jours plus tard me voilà arrivé à l’aéroport de Manille. Nous sommes le 22 novembre, mon vol est le 23. Je suis tellement bête que j’y suis allé un jour en avance. Je n’ai plus qu’à rebrousser chemin vers mon hôtel où je rencontrerai mon pire ennemi : l’ennui, qu’il me faut combler en cette dernière journée sur Manille. Retour sur Tinder, une nouvelle femme, Patricia, avec qui j’ai discuté la veille sur Tinder. Une erreur de plus.
Cette femme n’est pas laide sur son profil mais elle est littéralement ce que l’on décrirait comme un catfish : belle en photo mais moyenne, voire moche, en réalité. Je la rencontre devant le mall situé proche de mon appartement. Nous discutons, enfin elle discute. Un tic me prend. Bien que je sois légèrement éméché comme à mon habitude, mon cerveau bloque sur une chose : elle a une dent à 90 degrés. Le genre de détails qu’on ne lâche pas. Je ne sais pourquoi je n’ai pas le courage de lui dire de rebrousser chemin et de rentrer chez elle. Je la conduis donc à mon appartement sans manquer de m’arrêter au Seven Eleven afin d’acheter quelques bières de plus pour me donner force et courage. Lever une femme avec une dent perpendiculaire ne m’aurait posé aucun problème trois mois plus tôt tant mon entrejambe était couvert de toiles d’araignée, mais cela me semble désormais bien plus compliqué. Et ce sera trop compliqué : nous ne ferons que discuter, je n’ai aucun goût pour elle.
Il est 3 heures du matin. Une femme que je trouve laide tant mentalement que physiquement me fait face. Il est temps pour moi de quitter ces lieux, il est temps de partir vers un autre ciel, il est temps d’arrêter de me détruire. Nous prenons un taxi, je l’abandonne, elle et cette parenthèse, sur le tarmac de l’aéroport de Manille.
Enfin, je quitte ce paradis au goût de charbon.