Chapitre 16 — Temps lié

À mon arrivée à Chiang Mai, je ne connais absolument personne sur place. Il ne me faut pas longtemps avant de revenir à mon premier amour de voyage : Tinder. Je rejoins mon AirBnb, situé au-dessus d’un bar pour trois jours, et démarre mon scrollage. Ma première soirée sur place se résume à fumer de la beuh et me trouver une demoiselle pour me faire découvrir la ville. Je n’ai pas forcément envie de replonger dans la frénésie du sexe qui m’a complètement retourné le crâne lors de mon passage à Manille, mais me chercher un bar pour me saouler et rencontrer du monde est au-dessus de mes forces et de mon cerveau atrophié par le cannabis. Ce produit sera par ailleurs l’un de mes plus gros problèmes lors de ce voyage, me rendant plus ou moins asocial et faisant de moi une loque.

Le lendemain, mon réveil sonne. Je débute mon périple dans Chiang Mai, qui est une ville magnifique, remplie de superbes temples, un vrai havre de paix comparé à la capitale. Je loue un vélo et me balade jusqu’à ce que le soleil se couche. À mon retour à mon AirBnb/bar, je bois quelques bières avec le personnel et des habitués tout en jouant au billard. L’anglais approximatif qui m’est proposé par mes nouveaux camarades ne me permet pas de comprendre grand-chose à ce lieu ni à ce que je devrais faire ou voir. NéanmoinChapitre 16 — Temps lié

À mon arrivée à Chiang Mai, je ne connais absolument personne. Il ne me faut pas longtemps avant de revenir à mon premier amour de voyage : Tinder. Je rejoins mon Airbnb, situé au-dessus d’un bar et réservé pour trois jours, puis démarre mon scrollage. Ma première soirée se résume à fumer de la beuh et à chercher une demoiselle susceptible de me faire découvrir la ville. Je n’ai pas forcément envie de replonger dans la frénésie sexuelle qui m’a complètement retourné le crâne à Manille, mais me chercher seul un bar où me saouler et rencontrer du monde semble alors au-dessus des capacités de mon cerveau atrophié par le cannabis. Ce produit devient d’ailleurs l’un de mes plus gros problèmes pendant ce voyage : il me rend plus ou moins asocial et transforme régulièrement mon être en loque.

Le lendemain, mon réveil sonne et je pars découvrir Chiang Mai. La ville est magnifique, remplie de temples et infiniment plus paisible que Bangkok. Je loue un vélo et me balade jusqu’au coucher du soleil. À mon retour à l’Airbnb-bar, je bois quelques bières avec le personnel et les habitués tout en jouant au billard. L’anglais approximatif de mes nouveaux camarades ne me permet pas de comprendre grand-chose au fonctionnement des lieux ni à ce que je devrais absolument voir. Peu importe. L’alcool et le cannabis finissent par me frapper suffisamment fort pour m’imposer un repos bien mérité.

Le jour suivant, Tinder finit par me proposer une rencontre. Une jeune femme, pas un missile de guerre à mes yeux, un peu ronde, mais intéressante, fumeuse de cannabis et visiblement disposée à me faire découvrir Chiang Mai et sa vie nocturne. Elle s’appelle Rubin. Nous nous retrouvons devant mon lieu de vie. À son arrivée, je découvre un petit bout de femme au visage poupon, un petit mètre cinquante-cinq pour probablement autour de soixante-dix kilos — estimation personnelle, je n’ai pas poussé l’indiscrétion jusqu’à lui demander de monter sur une balance. Elle est ronde, souriante et a l’air gentille comme tout.

Exactement ce qu’il me faut.

Mon objectif n’est pas spécialement de la lever. Je cherche surtout quelqu’un avec qui parler, sortir et, pourquoi pas, pratiquer un semblant d’échange linguistique. Tinder reste malheureusement bien plus efficace pour rencontrer quelqu’un que les applications prétendument dédiées aux échanges culturels. Quant aux rencontres amicales avec des hommes sur les applications de dating, je m’en méfie simplement : sur ce genre de plateforme, les intentions sont rarement aussi limpides que le mot « amitié » peut le laisser penser.

Nous passons donc plusieurs soirées à nous saouler dans des bars, visiter des marchés nocturnes, fumer d’énormes joints et nous raconter des conneries. L’anglais de Rubin est approximatif, problème que je retrouverai régulièrement avec les Thaïlandais pendant mon voyage. Avec elle, cela devient tantôt une source d’hilarité, tantôt une véritable barrière.

Bien entendu, lorsqu’un homme et une femme passent plusieurs soirées ensemble, la question d’un éventuel rapprochement finit parfois par apparaître. Dans notre cas, très timidement.

Il n’y a pourtant jamais eu la moindre allusion sexuelle entre nous. Nous avons parlé de nos passés respectifs et j’ai compris que Rubin avait peu d’expérience en la matière, si ce n’est un petit copain quelques années auparavant. Un soir, complètement explosés par un joint pur d’une weed qui tape salement, nous sommes assis sur un trottoir à contempler un ciel lugubre.

— On se marre bien ensemble, non ?

— Enfin, on passe du bon temps, non ?

— Je… je sais pas trop ce que je ressens pour toi. Mais je sais qu’il y a potentiellement quelque chose. Un petit grain d’amour, quelque chose qui pourrait naître, quelque chose de beau, de romantique, une petite histoire entre nous.

— Je pense que je t’aime vraiment, Rubin. Je pense qu’il y a, au fond de mon cœur, une part de moi qui pourrait vraiment t’aimer.

— Je… je… est-ce que je pourrais t’embrasser ? lui dis-je timidement, le ventre rempli de papillons.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? me répond-elle finalement.

— Non… rien, laisse tomber, dis-je, blasé.

Était-elle trop défoncée ? Possible. Avait-elle entendu ce que je lui disais ? Peut-être. Avait-elle réellement compris où je voulais en venir ? Je n’en saurai jamais rien. Je ne suis d’ailleurs pas certain moi-même de ce que je ressentais. Je ne lui demandais pas cela par simple envie sexuelle, mais je n’étais pas non plus fou amoureux. Il y avait quelque chose, probablement, sans que je sache vraiment lui donner un nom.

J’aurais pu réessayer, insister davantage, tenter ma chance une autre fois. Je ne le fais pas. Je suis moi-même trop indécis sur mon attirance pour vouloir pousser plus loin quelque chose qu’elle ne semble pas saisir — ou qu’elle préfère peut-être ignorer.

Cet échec n’aura pas de second épisode.

Je ne referai plus jamais d’approche.

Chapitre 15

Chapitre 17