Me voilà de retour à Bangkok, une ville que j’ai déjà découverte à deux reprises et où se trouve un quart de mon expérience sexuelle avant mon départ pour l’Asie du Sud-Est. Pour ce début de séjour, il n’y a qu’une seule mission : me défoncer la gueule pendant les cinq prochains jours, dont Noël, puis passer le nouvel an à Khao San Road. J’ai une semaine entière, du 22 au 29 décembre, pour m’enfumer autant que Snoop Doggy Dogg. Un objectif que je vais me faire un plaisir de remplir.
Je débarque dans mon appart aux alentours de vingt et une heures. À vingt-deux heures, je suis au coffee shop ; à vingt-deux heures trente, je commence mon dégommage de cerveau accompagné du plaisir de redécouvrir Sekiro. Je suis éclaté sur le jeu comme dans la réalité. Un retour à mes seize ans qui me fait le plus grand bien et qui durera trois jours.
Je passe Noël seul, à m’enfumer tout en me préparant un festin de prolo composé de spaghettis, de tofu et d’une sauce tomate bas de gamme, avec une tarte au citron en dessert. Malgré la solitude et ce repas somme toute modeste, ce Noël est loin d’être le pire de mon existence. Je me souviens d’une soirée où des chaises volent, des verres explosent et des pleurs font écho aux cris. La solitude offre ce doux plaisir de n’avoir personne avec qui se prendre la tête, si ce n’est soi-même.
Le lendemain de mon arrivée, Eric me demande si cela me dérange qu’il vienne le 26 dans mon lieu de villégiature. Cet âne, qui devait initialement passer le nouvel an à Koh Phangan pour la Full Moon Party, s’est explosé la gueule en moto et se trouve dans un état assez pitoyable. Il souhaite donc se reposer. Le surlendemain, c’est Josh qui souhaite passer une soirée dans ma garçonnière. Me voilà avec deux abrutis sur les bras. Peu importe : nous nous livrons à mon occupation favorite depuis mon arrivée à Bangkok, à savoir fumer des pets comme des zinzolins pendant les deux jours restants.
Josh nous quitte ensuite pour rejoindre son père sur une île thaïlandaise complètement paumée dont j’ai oublié le nom afin d’y fêter le nouvel an. Eric et moi nous retrouvons donc dans deux hostels proches de Khao San Road : moi un peu à l’écart, lui dans un party hostel situé à une rue de cette place du démon. S’ensuivent trois jours d’enfer durant lesquels nous ne cessons de rencontrer de la bière, boire de la weed et fumer des gens.
La fumette, c’est sympa, mais ça vous prive de moult capacités. Chez moi, l’une des premières à disparaître est celle de parler correctement une langue étrangère. Là où l’alcool délie ma langue, me donne envie d’aller vers les autres et repousse ma peur du malaise ou de la situation embarrassante, le cannabis me pousse à rester dans ma bulle. Surtout, il m’ajoute une latence, un ping, un temps de réflexion qui rend toute conversation aussi fluide qu’une connexion Internet de 2004. Je deviens un véritable légume.
Je n’ai peu ou prou aucun souvenir de ces trois journées, à l’exception de quelques flashs du nouvel an, que nous passons dans un hôtel de luxe avec feu d’artifice. Sur le chemin du retour, j’accomplis le miracle de me ramasser la gueule hors d’un tuk-tuk lancé à une trentaine de kilomètres à l’heure sur une énorme artère. Je me relève et vois les voitures continuer à défiler à quelques mètres de moi. Quelques ecchymoses sont les seuls souvenirs physiques de cette cascade improvisée, accompagnées d’une impression tenace : je suis invulnérable.
Non pas une impression.
Je suis invulnérable.
Le reste de cette première nuit de 2023 est flou. Le brouillard ne se lève que le lendemain lorsque je m’éveille dans un lit qui n’est pas le mien, dans un hôtel de passe, à poil, à côté d’une femme dont je ne connais ni le nom ni la profession. Nous nous séparons vers midi et je perds son contact à peu près aussi vite que je l’avais rencontré.
Je retrouve Eric un peu plus tard. Nous partageons notre premier joint de l’année avant de nous dire à bientôt : je souhaite quitter Bangkok pour Chiang Mai.
Il me tarde de partir de cet endroit où je laisse mes plus bas instincts prendre le dessus. J’ai envie de louer un scooter et de découvrir tout le nord, de longer la frontière avec le Myanmar, de passer par Chiang Rai et d’autres localités plus modestes. Après cette semaine passée à faire du surplace dans un nuage de fumée, il est temps de retrouver la route et de découvrir les provinces de Chiang Mai, Chiang Rai et Mae Hong Son.
Vroum vroum et bye bye Bangkok. Ton souvenir est périssable.