À mon arrivée à Chiang Mai, je ne connais absolument personne sur place. Il ne me faut pas longtemps avant de revenir à mon premier amour de voyage : Tinder. Je rejoins mon AirBnb, situé au-dessus d’un bar pour trois jours, et démarre mon scrollage. Ma première soirée sur place se résume à fumer de la beuh et me trouver une demoiselle pour me faire découvrir la ville. Je n’ai pas forcément envie de replonger dans la frénésie du sexe qui m’a complètement retourné le crâne lors de mon passage à Manille, mais me chercher un bar pour me saouler et rencontrer du monde est au-dessus de mes forces et de mon cerveau atrophié par le cannabis. Ce produit sera par ailleurs l’un de mes plus gros problèmes lors de ce voyage, me rendant plus ou moins asocial et faisant de moi une loque.
Le lendemain, mon réveil sonne. Je débute mon périple dans Chiang Mai, qui est une ville magnifique, remplie de superbes temples, un vrai havre de paix comparé à la capitale. Je loue un vélo et me balade jusqu’à ce que le soleil se couche. À mon retour à mon AirBnb/bar, je bois quelques bières avec le personnel et des habitués tout en jouant au billard. L’anglais approximatif qui m’est proposé par mes nouveaux camarades ne me permet pas de comprendre grand-chose à ce lieu ni à ce que je devrais faire ou voir. Néanmoins, l’alcool et le cannabis me frappent fortement et m’imposent un repos bien mérité.
Je prends mon vélo le jour suivant et je finis par rencontrer une jeune fille sur Tinder, pas un missile de guerre, un peu ronde mais très intéressante, fumeuse de cannabis et qui a l’air encline à me faire visiter la ville et ses lieux nocturnes. Elle se prénomme Rubin. Nous nous rencontrons devant mon lieu de vie, qui ne le sera que pour deux nuits supplémentaires. À son arrivée, je vois un petit bout de femme, un visage tout poupon, un petit mètre cinquante-cinq pour un bon 70 kilos (selon moi, je n’ai pas eu l’indiscrétion de lui demander). Elle est boudinée mais elle a l’air gentille comme tout, exactement ce qu’il me faut.
Loin de moi l’idée de profiter de sa gentillesse, mon idée est de rencontrer quelqu’un d’intéressé pour faire une sorte d’échange linguistique. Malheureusement, il est bien plus simple de rencontrer quelqu’un sur Tinder que sur des applications comme Interpals, et je me méfie fortement des rencontres amicales que peuvent proposer les apps de rencontres avec des personnes du même genre. De retours extérieurs qui me sont parvenus, on peut facilement rencontrer des homosexuels qui cherchent à profiter de cela pour tenter de “corrompre” des hétéros : grand fantasme chez certains membres de cette communauté.
Nous passerons quelques nuits à nous saouler dans des bars, visiter des marchés nocturnes, fumer des énormes joints et nous raconter des conneries. Pour autant, l’anglais de Rubin est approximatif, et c’est un problème qui me poursuivra durant tout mon voyage pour rencontrer des Thaïlandais. Dans le cas présent, cela sera parfois source d’hilarité mais surtout, et malheureusement, d’incompréhension.
Bien entendu, lorsqu’un homme et une femme se rencontrent, il peut y avoir un certain rapprochement intime ou, dans le cas présent, une tentative.
Malgré plusieurs soirées ensemble, il n’y a jamais eu d’allusion sexuelle. Nous avons discuté de nos passés, j’ai compris que Rubin n’avait pas une grande expérience en la matière, si ce n’est un petit copain il y a quelques années. Un soir, complètement explosés par un joint pur d’une weed qui tapait salement, nous sommes alors sur un trottoir à contempler le ciel lugubre :
On se marre bien ensemble, non ?
…
Enfin, on passe du bon temps, non ?
…
Je… je sais pas trop ce que je ressens pour toi. Mais je sais qu’il y a potentiellement quelque chose. Un petit grain d’amour, quelque chose qui pourrait naître, quelque chose de beau, de romantique, une petite histoire entre nous.
…
Je pense que je t’aime vraiment Rubin. Je pense qu’il y a, au fond de mon cœur, une part de moi qui pourrait vraiment t’aimer.
…
Je… je, est-ce que je pourrais t’embrasser ? lui dis-je timidement, le ventre rempli de papillons.
… Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? me répond-elle finalement.
Non… rien, laisse tomber, répondis-je, blasé.
Était-elle trop défoncée ? Possible. Avait-elle entendu ce que je lui avais dit ? Possible, voire même certain. Avait-elle décidé de l’occulter pour se protéger ? Parce qu’elle ne me croyait pas ? Parce qu’elle doutait d’elle-même ? Je n’en saurai jamais rien. Je n’étais pas vraiment certain de mes sentiments, mais je ne lui demandais pas cela par pure envie sexuelle : je sentais qu’elle était trop indécise. J’aurais pu tenter de forcer la chose, j’aurais pu réessayer, mais je n’étais moi-même pas sûr de mon attraction, alors à quoi bon ?
Cet échec n’aura pas de second épisode. Je ne referai plus jamais d’approche.