L’étape suivante nous amène vers Sapa, une petite ville montagneuse fort sympathique. Nous ferons une randonnée dans les montagnes, vivrons dans un hôtel plus que quali pour moins de 5 euros la nuit, mais je n’en ai rien à raconter si ce n’est que les rizières étaient jolies, les paysages sympathiques et le temps fort frais. Nous y séjournerons deux jours, le temps de faire un trek à l’arrache et de boire de l’alcool avec des locaux, une sorte d’eau-de-vie qui vous découpe en deux. Normalement, la plupart des gens font un trek avec des femmes d’un clan un peu chelou, ça a l’air vraiment cool mais Laura et moi sommes deux gros crevards, à part la drogue et l’alcool, rien ne nous semble valoir son pesant d’or.
Après ce périple, nous partirons vers la baie d’Ha Long. Les hôtels en cette période sont très peu chers, c’est un plaisir de séjourner dans des hôtels de luxe pour moins de 10 euros. Nous aurons deux jours à passer dans notre hôtel dans la ville de Ha Long, totalement déserte en cette période car nous sommes en hiver, l’abruti que je suis pensait que les saisons étaient inversées, absolument pas.
Cependant, en me baladant et en arpentant la ville, je tombe sur un gros complexe où une multitude de personnes répètent un spectacle, militaires, étudiants et femmes répètent chacun dans leur coin une prestation. J’essaie de communiquer avec diverses personnes pour comprendre ce qu’il se passe, je ne trouverai personne capable d’aligner plus de trois mots en anglais.
Pas grave, je décris à Laura ma découverte de l’après-midi et la tanne pour que l’on y retourne le soir même. Grand bien m’en prendra, en haut du complexe se trouve un petit marché avec de la street food et surtout des vendeurs de bières, on en boit quelques-unes avant qu’un grand bruit rugisse du théâtre, le show commence, et Dieu m’en garde, ce n’est pas un petit show. De ce que l’on en comprend, cela retrace l’histoire du Vietnam, avec une trentaine de types qui font du tambour, des danseuses, des types qui jouent une pièce, des musiciens en fanfare, un énorme écran, c’est une dinguerie, j’en ai la chair de poule. On se relaiera pour enchaîner les tournées tout en observant ce spectacle pendant deux heures. Ce fut une pure dinguerie, rien ne présageait cela comme le laisse à penser le fait que nous soyons les deux seuls Caucasiens présents, devenant une attraction dans l’attraction par la même occasion sur ce site. La soirée s’achève par un retour à notre hôtel dans des rues vides, avec des bâtiments haussmanniens que l’on peut retrouver dans les quartiers chics parisiens mais totalement vides, non pas seulement d’habitants mais aussi de murs, de peintures, de meubles, en fait de tout, ce n’était à l’intérieur que du béton ; étrange sentiment que de traverser des rues fantômes.
Le lendemain, le maître d’hôtel nous offre un rendez-vous pour nous présenter les différentes croisières, ça ne me tente absolument pas mais allons-y vu qu’il nous offre un petit gâteau et du thé. Le prix étant à trois digits, je préfère passer la main, tout comme Laura. Nous opterons pour Cat Ba, tout aussi belle mais bien moins coûteuse, nous séjournerons deux jours en son sein. Laura trouvera un hôtel qui nous offrira des bières gratuites de 20 heures à 21 heures, le seul prérequis ? Être locataire, ce qui n’est pas notre cas car nous séjournerons dans un vieux motel miteux pour un prix dérisoire, mentir ne nous pose pas problème si cela nous apporte de l’alcoolémie en contrepartie. Cet hôtel de backpackers au prix onéreux offrait ses bières et personne ne vérifiait votre chambre, nous étions saouls, nous étions heureux, tandis que Laura enchaînait les ballons d’hélium, ou un autre gaz qui sévit au Vietnam, je draguais toutes les femmes qui pouvaient s’offrir à moi. C’est ainsi que je finirai avec une Britannique, pas forcément très belle mais fort agréable au lit, un bon 5/10 un peu grassouillette. Mais une Britannique saoule est probablement la plus grande folie que peut vous offrir la vie.
Bref, après cette nuit endiablée, je me devais de venir apprécier la baie de Cat Ba, ce fut un fiasco, non pas dû aux paysages magnifiques mais à l’horreur de devoir supporter la vie en communauté. Je hais les tours de groupe, cette horreur me le confirme. Attente, obligation de discuter, de se conformer, de rejoindre la masse, de suivre des horaires, j’ai eu envie de me foutre en l’air. Moi qui ai largué mon taf, ma famille, mes amis, mon rythme pour devenir un fou de l’expat, tout me paraissait convenu et aseptisé, je n’en pouvais plus, une journée de 5 heures a duré une éternité pour moi, ce fut une horreur. Seule note positive dans ce trip, les camps de pêcheurs où séjournent des poissons qui font trois fois mon poids. Notre guide s’amuse à les nourrir et nous nous baladons sur de petites poutres au milieu de tout l’élevage. Point amusant, des chiens sont présents sur les pontons pour prévenir les voleurs la nuit, en effet la valeur de ces gros poissons peut facilement atteindre le mois de salaire d’un Vietnamien moyen, dans les 200 dollars.
Après cette visite, nous prenons le premier bus pour nous diriger vers une nouvelle localité, la magnifique Ninh Binh.
Nous arrivons à Ninh Binh de nuit, la beauté de cette cité ne m’apparaît pas dans l’obscurité. Je n’en ai, à vrai dire, rien à foutre. L’alcool me manque, la nuit me manque, la folie me manque. Il n’y a rien en ce monde qui ne m’apporte plus que la folie de la vie nocturne. Ce voyage, bien qu’agréable et revigorant, n’est qu’une exergue vers le manque qui est en moi et qui m’attend. Je n’ai jamais été qu’un enfant de l’autodestruction.
Suite à cette première nuit, Laura et moi nous séparons, elle souhaite visiter la ville à vélo, je suis bien trop fainéant pour la suivre et un scooter éclaté au sol de 80 000 kilomètres sera mon compagnon. Le lieu est merveilleux, je visite temples, collines et rizières, et m’embarque dans les endroits les plus dépourvus d’êtres humains jusqu’à ce que la merde qui me transporte ne m’abandonne, j’ai beau lui envoyer moult kicks tels un Doumbé contre Baki, cela ne fonctionne pas, l’écharde a raison de moi. Internet ne fonctionne pas, en fait je n’en ai tout simplement pas, à 10 euros la carte SIM faut pas déconner, je regrette bien cette erreur. Ne restent que moi et mon destrier fumant dans un coin où personne ne passe. Mais n’est-ce pas dans l’adversité que les grands hommes naissent ? Après plusieurs tentatives de relance, je finis par trouver le subterfuge, il suffit de mettre les gaz en même temps que je l’allume, peu logique quand on sait qu’un scooter se démarre en tenant un des freins et en lançant le bouton d’allumage, j’apprendrai plus tard que l’on peut mettre le scooter sur une béquille centrale et kicker. Au lendemain, Laura souhaite partir sur Da Nang, ce qui n’est pas mon cas. J’ai l’envie de rejoindre mes deux potes Josh et Eric à Ha Noi puis de partir sur Ho Chi Minh. C’est là la fin de notre aventure ensemble.
Le plaisir aura été agréable, la folie aura été de mise mais le sexe et la dinguerie me manquent grandement. J’ai quelque peu l’impression d’être confiné. Ma première nuit sans elle m’amène vers un Argentin, fort sympathique avec qui il sera difficile de converser mais avec qui je vais enchaîner les Tigers, dans quelques jours son pays vaincra le mien. Le lendemain, avant de prendre mon train, Juan, l’Argentin, discutera avec un Italien pendant de longues heures alors que je jouerai avec des gamins au football, loin de moi de me prendre pour Messi mais je leur montrerai pourquoi leur pays ne participera jamais à la Coupe du monde ; un pur régal. Je sympathiserai ensuite avec Antonio, l’Italien, avec qui je fumerai un petit joint avant de prendre le train, il est lui aussi du voyage, par malheur les places sont assignées et il ne nous sera pas possible de nous apprécier plus longtemps.
Le train est agréable sans plus, loin de l’horreur de l’Inde mais à des années-lumière du confort chinois. Trois heures après mon embarquement, me voilà de retour à Ha Noi, il est 19 heures, mon avion part à 4 heures. Je pars vers l’hôtel de mes amis, Josh et Eric, pour se foutre une petite race sans violence et jouer au billard tout en se racontant nos péripéties du mois dernier, rien de fou ; la folie attendra donc encore. À 00 h je quitte mes camarades pour l’aéroport. Un trajet de cinquante minutes en scooter qui me démolira le fessier.
Ho Chi Minh ne m’offrira pas grand-chose, si ce n’est la déplaisante surprise que le premier logement réservé ne correspond à rien, que l’accueil est inexistant et que le numéro indiqué ne répond pas. Il est 8 heures du mat’, je n’ai pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures, je suis mort debout, j’ai envie de chier, me voilà au milieu de la rue de la soif de Saïgon à boire un café en tentant de gratter internet pour capter Agoda afin de joindre le tenancier. Il n’en sera rien, j’obtiendrai un remboursement et partirai pour une petite auberge de jeunesse où je ne rencontrerai personne, si ce n’est des vieux Japonais plutôt chill.
Je passerai les trois jours suivants à visiter la ville avant de me mettre des joints dans la gueule et des canettes au parc le plus proche, qui m’offrira le passage d’une des artères les plus importantes de la ville et le spectacle des bancs de scooters les plus impressionnants que je n’ai jamais vus. Bien défoncé et quelque peu bourré, il me faudra user des quelques neurones qu’il me reste pour ne pas me faire éclater par un deux-roues lors de mes traversées de rues.
Au quatrième jour, bien que voulant visiter le Mékong, le soir nous offre la finale de la Coupe du monde. N’ayant point fait d’amitié, je me dis que la regarder seul dans mon lit est une option. Finalement, je décide d’aller dans la rue de la soif pour me mettre une petite race et peut-être trouver des compatriotes. Par chance cela arrivera, je finirai avec un vieux lascar d’une quarantaine d’années et deux gamins de dix-sept ans qui étudient à l’école internationale, plus intéressés par les ballons qu’ils ne cessent de démolir, en gros un ballon rempli à l’azote, toute la soirée. Je ne sais à combien se monte leur ardoise mais elle devait être à minima à trois digits, ce qui ne devait plus être le cas de leur QI. Le match ne me passionne pas, il y a un temps de latence sur notre télé qui fait que l’on sait d’avance ce qu’il se passe avant que cela n’arrive à l’écran. Je suis las, la France perd, je n’en ai que faire, il est temps d’avancer, je rentre à mon appart, fume le dernier joint qu’il me reste, le lendemain je peux quitter HCM sans aucun regret.
Je loue un scooter et direction le Mékong, d’abord Can Tho puis aucune direction précise, je ne souhaite que rouler bêtement et m’arrêter dans des endroits insolites. Un rapide tour de rivière et quatre jours plus tard, je n’en retiendrai rien si ce n’est les bouffées de THC qui m’enivrent sur la route, les quelques gorgées d’alcool partagées avec des Vietnamiens qui ne comprennent pas un traître mot de ce que je dis. La beauté du paysage est là mais sans m’illuminer.
Je suis lassé, je me décide à partir pour la Thaïlande, prise d’un appartement jusqu’au 29 décembre dans la banlieue de Bangkok, je vais enfin pouvoir goûter à un plaisir qui m’a, jusqu’à ce jour du 22 décembre 2022, été interdit : fumer un joint en toute légalité.