Chapitre 20 — L’accident

Mon retour aux Philippines fut doux et agréable. Je retrouvais l’horrible Manille et ses soirées, je revoyais plusieurs amis perdus de vue au cours de ces derniers mois et appréciais la vie. Mon retour à Siargao, où j’avais rendez-vous avec les cancres Josh et Eric, se situait à la fin du mois de mars. Avant cela, je ne prévoyais que de rester à Manille afin de travailler en ligne, écrire et me ressourcer.

J’ai revu Rei, une jolie petite parenthèse. Rei, c’est un cas un peu spécial, elle est drôle, plutôt jolie, assez sympa, mais on n’a pas spécialement les mêmes projets de vie. On s’adore, mais l’on sait qu’un futur ensemble n’est pas possible. Elle veut vivre toute sa vie à Manille, j’exècre cette ville ; elle ne veut pas d’enfant, moi j’aimerais bien en avoir un jour ; elle a un projet de carrière pro bien ficelé, j’ai déjà fait 50 jobs différents et je ne compte pas m’arrêter là. Nous sommes le jour et la nuit, mais cela ne nous empêche pas d’aspirer à un bonheur éphémère.

Après des retrouvailles à Manille, je lui confie mon envie d’aller à Baguio, ville fort recommandée par des amis philippins de tous horizons. Baguio, c’est une ville montagneuse qui est à contre-courant de ce que l’on s’imagine des Philippines, on y trouve un climat tempéré et la ville est plus calme que le reste du pays. La grande majorité des touristes sont des Philippins qui viennent principalement pour goûter le froid. Ne nous méprenons pas, nous ne sommes pas non plus dans les Alpes, le temps y est plus clément que dans les îles tropicales, mais jamais nous n’y verrons de neige.

Rei, n’étant pas fan de Baguio mais ne manquant pas de ressources, me propose d’aller faire un séjour à La Union, un spot de surf sur le chemin de Baguio. Étant un amateur de ce sport de glisse, je me laisse tenter et nous voilà partis pour un week-end entre amoureux de passage. Ces trois journées seront délicieuses, sexe au réveil, farniente à la plage pendant la journée, cuite le soir, discussion sur la plage jusqu’à pas d’heure, sexe avant le coucher puis rebelote. Après ce court séjour, nous nous disons au revoir sans savoir si cela sera un adieu.

Concernant Baguio, je n’ai que peu de choses à en dire. Je n’ai pas du tout aimé cette ville, froide, peu accueillante, n’acceptant pas les fumeurs (interdiction de fumer dans toute la cité) et le comble, en trois jours je n’ai pas trouvé de scooter, me forçant à marcher et à ne pouvoir librement circuler comme je l’aurais souhaité. Je rentrerai donc à Manille comblé par La Union et peu charmé par Baguio. Ma prochaine étape : Siargao.

Mon vol était programmé pour le 28 mars, mais un changement de plan vint frapper à ma porte sur Messenger, une ex-romance dont j’avais eu la chance de briser l’innocence. Cette jeune femme se prénommait Yike, une petite Chinoise d’un mètre cinquante, un cul plat mais une poitrine incroyable, un 85D, les plus beaux seins que Dieu m’ait donnés à voir, une vérité qui tient encore au moment où je vous conte ce récit. La petite Chinoise m’apprit qu’elle allait aux Philippines afin de passer un concours pour certifier son niveau d’anglais, l’examen étant plus simple dans mon pays d’accueil que dans la dictature de Winnie l’ourson. Elle me proposait de nous rejoindre sur une île afin de la visiter ensemble. Mon plan était programmé, mais je ne pouvais rien lui refuser, elle fut en quelque sorte la première femme que j’ai aimée et qui m’a aimé, même si cela n’avait duré qu’un petit mois. Nous nous fixons donc rendez-vous le 27 mars sur l’île de Bohol pour un petit séjour entre ex-tourtereaux et choisissons la dégénérescence du Mad Monkey pour notre nid douillet.

J’arrive le 25 pour ma part et décide de visiter l’île tranquillement sans passer par les essentiels afin de pouvoir le faire avec Yike, à savoir les Chocolate Hills et la visite des tarsiers, ces petits singes craintifs aux grands yeux. Le 27, je me déplace donc vers le Mad Monkey puis attends son message pour aller à l’aéroport.

Son message arrive, mais pas pour la bonne raison, elle a raté son avion. Cette idiote (il n’y a pas d’autre mot) a décidé d’aller faire du shopping après son examen, je l’avais pourtant prévenue que le trafic à Manille était le pire de toute l’Asie du Sud-Est. Elle a donc pris un nouveau vol pour le lendemain matin. Je ferai connaissance avec une Belge et un Anglais le soir même, jouerai au billard et m’enivrerai de quelques Red Horse avec mes nouveaux amis éphémères.

Son message arrive mais pas pour la bonne raison, elle a raté son avion. Cette idiote (il n’y a pas d’autre mot) a décidé d’aller faire du shopping après son examen, je l’avais pourtant prévenue que le trafic à Manille était le pire de toute l’Asie du Sud-Est. Elle a donc pris un nouveau vol pour le lendemain matin. Je ferai connaissance avec une Belge et un Anglais le soir même, jouerai au billard et m’enivrerai de quelques Red Horse avec mes nouveaux amis éphémères.

Le lendemain, je vais la chercher à l’aéroport. Nous irons à la plage l’après-midi puis discuterons de nos vies respectives au cours de la soirée. Elle est toujours professeure d’anglais à Shanghai. Ces quelques temps avec elle ne ravivent pas la flamme, je la trouve niaise, peu intéressante et clairement pas très ouverte au monde. Il faut croire que les années m’ont fait prendre en maturité et qu’une jeune femme qui ne connaît rien à la vie ne m’attire plus, ses gros seins ne me rendant plus aveugle et ne comblant plus sa débilité.

Le lendemain, notre programme est celui d’un touriste lambda, Chocolate Hills puis visite du Philippine Tarsier Sanctuary, lieu de villégiature des petits singes aux gros yeux. J’ai loué un scooter, pas une machine de guerre mais suffisant pour ce périple de quelques heures. Après une heure de route, Yike me demande de conduire, je suis quelque peu perplexe, elle fait un mètre cinquante, n’a pas un gabarit très physique, elle me dit qu’elle a conduit à de nombreuses reprises en Australie car elle faisait de la livraison Uber Eats, ma bêtise me pousse à lui faire confiance, ma raison à garder les mains sur le guidon, je choisis la bêtise.

Au bout d’à peine quinze minutes, alors que nous sommes dans un chemin bosselé, elle se met à regarder la nature sur le côté puis dévie de sa trajectoire, sans un hurlement de ma part nous aurions fini dans un champ. Je doute réellement de sa capacité de conduite, je n’ai qu’une envie : reprendre les commandes, elle ne me laissera pas cette chance, à peine deux minutes plus tard, elle prend un virage à l’extérieur et ne voit pas les graviers sur le côté, roule exactement dedans et accélère, apparemment la physique c’est optionnel en Chine, nous terminons au sol.

Je me rattrape comme je peux, mon téléphone dans ma main droite est projeté et explose au sol mais si ce n’était que matériel, je ne repenserais pas à cet accident avec haine. Comme dans la majorité des accidents, le passager — moi — a pris le plus cher dans l’histoire, mes deux mains sont en sang, mon pouce droit est déchiré, mes deux genoux pissent le sang, je ne ressens pas encore la douleur mais je sais que je vais morfler.

La naine chinoise se met à chialer, le scooter tourne dans le vide, de nombreux Philippins viennent nous voir, j’ai la rage.

J’ai la rage, putain ! Cette abrutie a décidé de se servir de moi comme cobaye et de vivre sa petite expérience de conduite sans en avoir aucune, quitte à me mentir sur ses capacités, mon voyage va peut-être s’arrêter là. Je ne m’occupe pas d’elle, j’ai envie de lui fracasser le crâne. Elle, elle n’a quasiment rien, juste des égratignures sur les genoux et pourtant elle pleure des torrents devant sa propre connerie.

Après m’être mis à gueuler, je relève le scooter, il est endommagé mais fonctionnel. Je récupère mon téléphone, il est mort, lui et mes souvenirs contenus en son sein des six derniers mois de voyage. Par chance, une ambulance est à une centaine de mètres de nous, ils viennent et prennent en charge la coupable, elle me dit de grimper avec elle, je ne suis pas un lâche, je remonte sur mon destrier, reprends le guidon que je n’aurais jamais dû lâcher et suis l’ambulance qui part vers la clinique la plus proche.

Mon esprit est en mode lézarien, la douleur ne me touche pas encore. Arrivé à la clinique, nous avons droit aux premiers soins, alcool sur les plaies, bandages et autres soins de fortune. Je commence à douiller et à comprendre que j’ai peut-être plus qu’une simple foulure au poignet. Je n’arrive pas à bouger le pouce de ma main droite.

Après les premiers soins, l’infirmière nous annonce que les ambulanciers vont nous amener à l’hôpital public de Bohol. Ils me proposent de m’emmener, je ne veux toujours pas lâcher le scooter. J’ai mon avion le lendemain et je sens déjà la galère que ce serait de contacter le loueur pour qu’il le récupère.

30 minutes de trajet, avec de la pluie, les mains en sang, je ne peux pas utiliser mon pouce droit pour donner du gaz, je n’utilise que mon index et mon majeur. Vous savez ce qui fut le pire sur ce trajet ? Ce n’est pas la douleur, ni la haine qui m’habitait, non. Ce qui fut le pire, c’est de voir cette petite catin chinoise mettre une story de moi conduisant le scooter en en chiant comme jamais alors que cette bouffeuse de durian était la cause de mon malheur.

La prochaine étape, l’hôpital, ne fut pas plus salvatrice que la clinique. Une attente interminable commença, après trois heures d’attente, il était temps d’aller faire une radio afin de connaître mon diagnostic. Diagnostic que je ne connaîtrais pas car, pour une raison qui m’échappe, il ne me serait divulgué que le lendemain. Je leur explique que je quitte l’île le lendemain matin et qu’il me faudrait avoir l’information à minima à la première heure, la radiologue me dit que ce sera bon, je ne le sais pas encore mais c’est simplement une excuse pour se débarrasser de moi.

Je retourne dans la salle principale, où l’on me passe des compresses et me nettoie un peu plus, on me donne une ordonnance et fin de l’histoire.

Pendant ce nettoyage, j’observe Yike, cette faible créature est en train de pleurer car on passe de l’alcool sur ses plaies, à côté d’elle, une jeune femme pisse le sang de la bouche, la langue sectionnée en plusieurs parties, la Philippine ne tergiverse pas. Cette Chinoise n’a absolument aucune dignité, si je ne ressentais plus rien pour elle le jour précédent, je n’ai plus que haine et mépris envers sa personne à partir de ce moment.

Je récupère le scooter et la succube chinoise et nous voilà en route pour le point de rendez-vous afin de rendre le bolide. Le loueur voit bien qu’on a eu un accident, ce serait difficile de le cacher. Je lui propose simplement de conserver la caution, il accepte. J’espérais profondément qu’elle me proposerait à minima de payer mes soins et la caution du scooter… il n’en sera rien, je pensais qu’elle était au fond du trou de l’estime que je lui portais, elle arrivait à continuer de creuser.

Retour à Mad Monkey, les bras en sang et quelques cachetons pour m’aider à supporter la douleur. On va bouffer, je commence à enquiller les Red Horse, finalement je lui explique que mon voyage va peut-être prendre fin à cause d’elle, elle se met à pleurer, pas parce qu’elle est triste pour moi, mais parce qu’elle culpabilise devant sa connerie.

J’ai la haine, la haine d’avoir décalé mon déplacement à Siargao pour un être égoïste, bête et cupide. La soirée ne m’aidera pas à aller mieux, malgré les bières et les cachetons, la nuit sera longue, affreuse et remplie de doutes, la douleur présente malgré les antidouleurs me laissait penser à une potentielle fracture du poignet gauche.

Au réveil, je prends mes affaires et quitte les lieux dès les premières lueurs, direction l’hôpital, Yike a insisté pour m’accompagner, je n’en ai absolument aucune envie. Arrivé à l’hôpital, je lui dis au revoir, ne lui adresse aucune autre parole, c’est la dernière fois que je la vois, que ce soit physiquement ou virtuellement, elle est morte pour moi.

Arrivé au service de radiologie, on m’apprend que personne n’est là, que ma radio n’est pas prête et que je n’aurai donc pas de diagnostic. Mon agonie ne prendra donc jamais fin ?

Je quitte les lieux et prends le bateau pour Cebu, à mon arrivée je prends un taxi et pars vers un hôpital privé, j’ai trois heures trente pour faire tout ce que je n’ai pu faire en une après-midi la veille. L’argent est roi, en seulement une heure j’obtiens ma radio et un diagnostic, je n’ai pas de fracture, juste une entorse ou que sais-je, je ne comprends pas tout ce qu’on m’explique mais mon voyage n’est pas terminé.

On me met un plâtre sur le bras gauche, une attelle et je peux quitter les lieux, direction l’aéroport.

N’ayant plus de téléphone, je me fais refuser l’accès au bureau d’enregistrement de Philippines Airlines. Il me faut aller dans l’office de la compagnie afin de faire imprimer mon billet d’avion, une galère sans nom qui me prendra près d’une heure. Par chance, mon nouveau statut de cotorep me fera passer les contrôles en priorité.

Mon agonie prend fin, le retour du dégénéré à Siargao aura bien lieu.

Chapitre 19

Chapitre 21