Avril 2026
Je débarque à Ilakai avec mon bras en écharpe. Je suis le premier des trois mousquetaires à arriver. Beth me saute dessus, j’ai le bras qui morfle autant que mes oreilles :
— BAGUETTE !!!
— Bonjour, Bethel, ça va ?
— BAGUETTE !! BAGUETTE !!
— Oui, j’ai compris.
La totalité de l’hostel nous observe. Dans mon état déplorable, une arrivée discrète m’aurait été plus qu’appréciable, il n’en est rien. Je rencontre de nouveaux arrivants : Antoine, un Français qui sert de porte-monnaie à Beth depuis notre départ ; Nick, un Sud-Africain un peu dérangé ; ou encore Nicolo, un Finlandais qui se promène en kimono dans toute l’île. L’ambiance n’a pas changé.
Enfin si. Depuis mon départ, Kaï a décidé de recruter Beth pour gérer l’accueil, les entrées et les départs des clients. Je lui ai personnellement dit que c’était une idée de merde, mais bon, certaines personnes aiment se créer des problèmes.
Une heure plus tard, Josh débarque, frais et pimpant. Il ne lui faut pas plus de deux secondes pour se foutre de ma gueule. Je m’attendais à voir Eric, mais Josh m’apprend qu’il a décidé de prolonger son séjour à Manille.
Je n’ai pris qu’une nuitée à Ilakai. À partir du lendemain, je séjourne seul dans un bungalow. Avant mon accident, c’était un très bon plan. À la suite de ce dernier, il m’est néanmoins impossible de conduire un scooter. Je vais donc être obligé de me déplacer à pied et en tricycle. L’enfer pour un être qui déteste être dépendant des autres.
Mon pouce droit est dans un état lamentable, inutilisable. J’ai une foulure au poignet gauche, les genoux en sang, de multiples hématomes et des plaies un peu partout. Mon plan était de revenir pour me consacrer au surf, je ne peux même plus aller dans l’eau. À défaut, je vais me noyer dans l’alcool.
Nous sommes le samedi 1er avril 2023. Le programme des festivités nocturnes n’a pas changé : ce soir, c’est Harana. On apprend à connaître nos nouveaux comparses. À ceux-là se joignent le groupe de Marie, Athena et Jaella, la petite copine de Théo, Français rencontré lors de mon premier séjour. Nous avons une jolie petite troupe qui se détruit à coups de Tanduay.
Après quelques heures, nous partons pour Harana. Mon corps est là, en ce qui concerne mon cerveau, c’est une autre histoire.
Boire lorsque l’on n’est pas au mieux de sa forme n’est jamais une bonne idée. Je vais l’expérimenter ce soir-là. Mes idées ne sont pas lumineuses, mes envies sont ailleurs, ma boîte crânienne va m’abandonner et moi, c’est le téléphone que je viens d’acheter pour remplacer mon ex que je vais laisser tomber. Une relation de courte durée entre lui et moi. Seulement quelques jours, ça reste mieux que la plupart de mes conquêtes.
Je m’aperçois de sa perte quelques minutes après l’avoir laissé près des toilettes. Nous ne sommes pas au Japon : il a disparu et ne réapparaîtra jamais, pas même dans mes songes.
À la suite de cette infortune, je recroise plusieurs personnes rencontrées lors de mon premier mois : Gagay, Chester, Mushroom Master, Paco et j’en passe. Pourtant, la soirée ne va pas bien loin. À minuit, je rentre dans mon dortoir et me couche. Je n’ai pas la tête à la fête et les journées suivantes ne m’aideront pas.
Le lendemain, je prends mes nouveaux quartiers. Mon bungalow est une catastrophe. J’entends absolument tout ce qui se passe dehors, la douche ne fonctionne quasiment pas, il y a des cafards, pas de clim’, internet ne marche pas. Le cercle négatif se poursuit et j’en ai pour un mois à subir ça.
Mon moral prend un coup. Entre le téléphone la veille, le bungalow aujourd’hui et mon corps la semaine précédente, je commence à marquer le pas. La vie n’est qu’une question de perspective, mais je n’arrive pas à passer outre mes problèmes. L’alcool apparaît comme la solution.
En cette nouvelle journée de galère, Paco m’invite à découvrir sa nouvelle résidence, nommée Helminas. À mon arrivée, un petit groupe est réuni en cercle : Paco, Kaï, Josh et deux nouvelles têtes qui ne me sont pourtant pas inconnues, Fonzi et Rina.
J’ai déjà vu ces deux personnages des dizaines de fois dans les stories de Paco et Kaï. Ces derniers n’ont cessé de me parler de Rina et du fait que c’est moi, mais en femme. C’est une jeune femme mignonne, au début de la trentaine, cuisinière avec un peu d’embonpoint, très bonne punchlineuse et qui adore piquer les gens.
Fonzi, lui, c’est un gros pédé, chauve, un peu maigrelet, une vraie diva. Homosexuel jusqu’au bout des ongles, mais qui ne l’utilise pas comme maître de son identité.
Rina et Fonzi sont deux Philippins délurés ayant travaillé aux États-Unis plusieurs années avant de revenir vivre aux Philippines. Ils ont rencontré Kaï à Boracay et souhaitent maintenant s’établir dans la capitale du surf philippin.
Le nouveau cadre de vie de Paco est aussi merveilleux que les personnes qui en profitent ce soir-là. L’Américain dispose d’une petite maisonnette avec une mezzanine, un édifice qui vient tout juste de sortir de terre, situé à une vingtaine de mètres de l’océan. Un cadre idyllique.
J’apprends à découvrir mes nouveaux comparses, qui étaient déjà mes amis avant de le devenir. Les verres de Tanduay filent et les blagues se font de plus en plus graveleuses.
— C’est vrai que les Français sont tous un peu gays ? me demande Fonzi en se marrant comme une hyène.
— Quoi ?! Mais qu’est-ce que tu me racontes ?
— Je sais pas, tous les Français que j’ai rencontrés sont un peu pinky, je dirais.
— Pinky ?
— Bah, tu vois quoi. Pas efféminés, mais ils sont maniérés.
— Tu veux lui sucer la baguette ? demande Rina. Un vrai beauf vit en cette jeune femme.
— Hahahaha, t’es mignon, Marlou, mais t’es pas mon type.
— T’inquiète, c’est réciproque.
— Boh, avec une perruque, il sera aussi féminin que Mosquito, rajoute Josh.
Tout le monde se marre. Je ris jaune.
— T’as baisé Mosquito ?! me demande Rina, les yeux emplis de stupéfaction.
— Ouais, c’est pas ma plus grande fierté.
— Et c’était bien ?
— Aucun souvenir.
— T’avais une capote ?
— Je suis pas sûr.
— Quoi ? répond Fonzi. Mais t’es un grand malade ?!
— Oui, totalement.
— Tu t’es fait tester au moins ? interroge Rina.
— …
— Non ?
— Non.
À cet instant, mes chances de baiser Rina ont drastiquement chuté.
Je débarque à Ilakai avec mon bras en écharpe, je suis le premier des trois mousquetaires à arriver. Beth me saute dessus, j’ai le bras qui morfle autant que mes oreilles :
— BAGUETTE !!!
— Bonjour, Bethel, ça va ?
— BAGUETTE !! BAGUETTE !!
— Oui, j’ai compris.
La totalité de l’hostel nous observe, dans mon état déplorable, une arrivée discrète m’aurait été plus qu’appréciable, il n’en est rien. Je rencontre de nouveaux arrivants, Antoine, un Français qui sert de porte-monnaie à Beth depuis notre départ, Nick, un Sud-Africain un peu dérangé ou encore Nicolo, un Finlandais qui se promène en kimono dans toute l’île ; l’ambiance n’a pas changé. Enfin si, depuis mon départ, Kaï a décidé de recruter Beth pour gérer l’accueil, les entrées et les départs des clients. Je lui ai personnellement dit que c’était une idée de merde, mais bon, certaines personnes aiment se créer des problèmes.
Une heure plus tard, Josh débarque, frais et pimpant, il ne lui faut pas plus de deux secondes pour se foutre de ma gueule. Je m’attendais à voir Eric, Josh m’apprend qu’il a décidé de prolonger son séjour à Manila.
Je n’ai pris qu’une nuitée à Ilakai, à partir du lendemain, je séjourne dans un bungalow, seul. Avant mon accident, c’était un très bon plan, néanmoins, à la suite de ce dernier, il m’est impossible de conduire un scooter, je vais donc être obligé de me déplacer à pied et en tricycle, l’enfer. Mon pouce de la main droite est dans un état lamentable, inutilisable. J’ai une foulure au poignet gauche, les genoux en sang, de multiples hématomes et des plaies un peu partout. Mon plan était de revenir pour me consacrer au surf, je ne peux même plus aller dans l’eau. À défaut, je vais me noyer dans l’alcool.
Nous sommes le samedi 28 mars 2023, le programme des festivités nocturnes n’a pas changé, ce soir c’est Harana. On apprend à connaître nos nouveaux comparses, à ceux-là se joignent le groupe de Marie, Athena et Jaella (la petite copine de Théo, Français rencontré lors de mon premier séjour). Nous avons une jolie petite troupe qui se détruit à coups de Tanduay. Après quelques heures, nous partons pour Harana. Mon corps est là, mon cerveau ne l’est pas.
Boire lorsque l’on n’est pas au mieux de sa forme n’est jamais une bonne idée. Je vais l’expérimenter ce soir-là. Mes idées ne sont pas lumineuses, mes envies sont ailleurs, ma boîte crânienne va m’abandonner et moi, c’est le téléphone que je viens d’acheter pour remplacer mon ex que je vais laisser tomber. Une relation de courte durée entre lui et moi, seulement quelques jours. Je m’apercevrai de sa perte quelques minutes après l’avoir laissé proche des toilettes, nous ne sommes pas au Japon, il a disparu et ne réapparaîtra jamais, pas même dans mes songes.
À la suite de cette infortune, je vais recroiser plusieurs personnes rencontrées lors de mon premier mois, Gagay, Chester, Mushroom Master, Paco et j’en passe. Pourtant, la soirée n’ira pas bien loin. À minuit, je rentre dans mon dortoir et me couche, je n’ai pas la tête à la fête et les journées suivantes ne m’aideront pas.
Le lendemain, je vais prendre mes nouveaux quartiers, mon bungalow est une catastrophe, j’entends absolument tout au dehors, la douche ne fonctionne quasiment pas, il y a des cafards, pas de clim’, internet ne marche pas, le cercle négatif se poursuit et j’en ai pour un mois à subir ça. Mon moral prend un coup, entre le téléphone la veille, le bungalow aujourd’hui et mon corps la semaine d’avant, je commence à marquer le pas. La vie n’est qu’une question de perspective, mais je n’arrive pas à passer outre mes problèmes, l’alcool apparaît comme la solution.
En cette nouvelle journée de galère, Paco m’a invité à découvrir sa nouvelle résidence nommée Helminas. À mon arrivée, un petit groupe de personnes est réuni en un cercle qui se compose de Paco, Kaï, Josh et deux nouvelles têtes qui ne me sont pourtant pas inconnues : Fonzi et Rina.
J’ai déjà vu ces deux personnages des dizaines de fois dans des stories de Paco et Kaï, ces derniers n’ont cessé de me parler de Rina et du fait que c’est moi, mais en femme. C’est une jeune femme mignonne, début de trentaine, cuisinière avec un peu d’embonpoint, très bonne punchlineuse et qui adore piquer les gens. Fonzi, lui, c’est un gros pédé, chauve, un peu maigrelet, une vraie diva. Homosexuel jusqu’au bout des ongles, mais qui ne l’utilise pas comme maître de son identité.
Rina et Fonzi sont deux Philippins délurés, ayant travaillé aux États-Unis plusieurs années avant de revenir vivre aux Philippines. Ils ont rencontré Kaï à Boracay et souhaitent maintenant s’établir dans la capitale du surf philippin.
Le nouveau cadre de vie de Paco est aussi merveilleux que les personnes qui en profitent en cette soirée. L’Américain dispose d’une petite maisonnette avec une mezzanine, un édifice qui vient tout juste de sortir de terre et situé à une vingtaine de mètres de l’océan ; un cadre idyllique. J’apprends à découvrir mes nouveaux comparses, qui étaient déjà mes amis avant de le devenir. Les verres de Tanduay filent et les blagues se font de plus en plus graveleuses.
— C’est vrai que les Français sont tous un peu gay ? me demande Fonzi en se marrant comme une hyène.
— Quoi ?! Mais qu’est-ce que tu me racontes ? lui demandais-je.
— Je sais pas, tous les Français que j’ai rencontrés sont un peu pinky, je dirais.
— Pinky ?
— Bah tu vois quoi. Pas efféminé, mais ils sont maniérés.
— Tu veux lui sucer la baguette ? demande Rina, un vrai beauf vit en cette jeune femme.
— Hahahaha, t’es mignon Marlou, mais t’es pas mon type.
— T’inquiètes, c’est réciproque, dis-je en riant.
— Boh, avec une perruque, il sera aussi féminin que Mosquito, rajoute Josh.
Tout le monde se marre, je ris jaune.
— T’as baisé Mosquito ?! me demande Rina avec des yeux emplis de stupéfaction.
— Ouais, c’est pas ma plus grande fierté.
— Et c’était bien ?
— Aucun souvenir.
— T’avais une capote ?
— Je suis pas sûr.
— Quoi ? répond Fonzi, mais t’es un grand malade ?!
— Oui, totalement.
— Tu t’es fait tester au moins ? interroge Rina.
— …
— Non ?
— Non.
À cet instant, mes chances de baiser Rina ont drastiquement chuté.