Narrateur : Jessy
Assis dans Flamby, je fume un dernier joint avec Daz. On ressasse toute notre année passée, on mentionne bien entendu nos souvenirs d’Airbnb, le ventilateur Cyril, la révolutionnaire Charlotte et surtout l’écorché vif Eren. Ce dernier nous laisse un goût amer, nous n’avons pas été à même de l’aider, quand bien même les signes distinctifs étaient présents. Pourtant, il faut aller de l’avant et ne pas se sentir coupable.
Puis vint la phase des remerciements, Daz ne peut s’empêcher de me dire qu’il m’est « éternellement reconnaissant ». Il est vrai que je lui ai prodigué un toit, des conseils et redonné confiance en lui, mais c’est sa volonté qui a été la base même de son redressement. En une année, il a réussi à avoir une formation de développeur web, à se stabiliser et à avoir une petite amie merveilleuse. Daz en a les larmes aux yeux. Quand il me repasse le joint, sa main est tremblante. La pluie tombe en ce dimanche du mois de décembre, elle coule aussi sur mon visage.
— Je ne pensais pas que ça me ferait ça de te voir partir, t’es un peu comme mon gosse.
— Ton petit frère plutôt, me rétorque-t-il.
À cet instant, un bruit d’ouverture de porte se fait entendre, quelques bruits de pas s’ensuivent et voilà Kaja qui surgit sur la terrasse.
— Salut les gars. Vous allez bien ?
Elle est en T-shirt, laissant ressortir de multiples brûlures le long de ses bras et autour de son cou, ça a son charme. Je ne l’avais jamais vue avant l’enterrement d’Eren, depuis ce jour les deux sont inséparables. Elle vient vers Daz, se place sur ses genoux et l’embrasse. Nous restons ainsi une dizaine de minutes supplémentaires avant que je ne sonne le gong du départ. Daz enlève sa dulcinée de ses genoux, qui commençait certainement à devenir un peu lourde pour lui, et prend son bagage. Il est temps pour lui de quitter les lieux et de commencer une nouvelle aventure.
Je le vois parcourir le salon puis le couloir d’entrée, non sans un gros chagrin. Au pas de la porte, moi qui ne suis pas sentimental, je lui offre mes bras et il accepte mon invitation. Quelques larmes coulent sur mon visage à mesure que ma mémoire fait ressurgir les souvenirs de cette année passée aux côtés de Daz dans ma demeure.
Il est temps de laisser ces deux tourtereaux faire leur nid ailleurs. Je suis fier d’avoir participé à l’épanouissement de Daz et peux me retirer dans ma tanière en toute quiétude, une vie de paresse et de plaisir m’attendant pour le restant de mes jours, sauf si, qui sait, une crise sanitaire ou économique passe par là.