Que foutre un samedi après-midi ensoleillé de juillet ? Moi j’ai décidé de le passer au PMU. Trois heures que j’y traîne, il est dix-sept heures et la chance n’est pas avec moi. Les chevaux se jouent de ma personne. Le petit vieux à côté de moi ne cesse d’essayer d’ouvrir des conversations, je ne réponds que par des maugréements et hochements de tête. Cet enfoiré ne cesse de gagner, il me fout la haine. Dix-huit heures, la chance n’a pas tourné, il me reste vingt-cinq euros en liquide sur les deux cent que j’avais en rentrant ici. Je prends une dernière pinte et mise la fin de ma bourse sur Tonnerre du Désert, un énorme tocard, côté à plus de soixante au moment de ma mise.
Je tourne mon regard vers le téléviseur, le son est difficilement perceptible mais mon oreille est accaparée par la voix du commentateur malgré le brouhaha régnant dans le bar.
On entre dans la dernière ligne droite, mon canasson tient bon, je ne tiens plus en place et me mets à hurler, je n’entends plus rien du son émis par la télévision.
— PUTAIN C’EST BON ÇA, ALLEZ MA COUILLE ALLEZ !!!
Tout le bar m’observe, je n’en ai que faire. Mes encouragements sont de plus en plus important, Tonnerre du Désert est en train de filer comme la foudre vers la victoire. Dix mètres, cinq mètres, il franchit la ligne d’arrivée en première position, j’exalte.
— OUI ! BORDEL DE DIEU, TOURNEE GENERALE !
La dizaine de clampin dans le bar rugissent alors comme un seul homme ! « Merci », « Bravo », « Félicitations », je suis aux anges ! Je garde mon ticket et attends la commission afin de pouvoir récupérer mon gain. Je donne ma carte bleue à Marie – la gérante – qui envoie une tournée aux fidèles, j’en ai pour quarante-cinq euros, une broutille. Habituellement je ne paie qu’avec le liquide que j’ai sur moi mais vu la circonstance, je m’autorise une entorse à mes principes. Vingt minutes passent, la folie est retombée, la foule s’est estompée et est retournée à sa tâche, jouant à l’amigo ou repariant sur les courses hippiques. De mon côté, je m’arrête là, je vais scanner mon ticket.
*Bip*
Ticket perdant
Mon cerveau fait un reboot system. Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Des sueurs froides me prennent, mon sourire me quitte. Je scanne de nouveau.
*Bip*
Ticket perdant
Je regarde mon ticket. La stupeur me prend. Je pense avoir fait toute la palette des couleurs, blanc de stupéfaction, rouge de colère, vert de rage avant de rire jaune. Je n’ai pas misé sur Tonnerre du Désert mais sur Tempête du Dessert, disqualifié juste après le départ de la course. Ma bêtise me coûte un mois de SMIC. Ma joie me quitte, je prends la porte de sortie du PMU sans un mot et dans la plus grande discrétion, n’ajoutons pas de la honte à mon dégoût.
Arrivé dans ma voiture, je n’ai plus qu’une envie, me mettre une énorme charge et aller faire la fête pour oublier cette mésaventure. J’appelle Angie, je lui conte mon aventure qui la fait rire aux éclats et mon envie du soir. Coup de bol, son date tinder vient d’être annulé, elle est libre et dans le même état d’esprit que moi. Je fais un crochet chez Joris, mon dealer, prend un gramme de blanche et rentre à la maison. J’ouvre la porte et vois Daz complètement défoncé dans le canapé du salon jouant à Baldur’s Gate sur son PC.
— Mec, ce soir on s’en met une. Pas d’excuse, je reviens de chez Joris, j’ai une c du tonnerre mon p’tit gars.
Il m’observe avec ses pupilles éclatées.
— Chill man, relax ! Je ne suis pas hyper chaud pour me défoncer à ça, je suis dans un mood tranquille comme tu le vois.
— Me fatigue pas.
En même temps que je dis cela, je sors le sachet de coke et m’affale sur le canapé, je prends le petit plateau pour rouler des joints, met une poutre de la poudre blanche sur le support puis écrase la coke avant de la séparer en deux rails.
— Allez, vitamine C pour toi, ça va te remettre d’aplomb.
— Bon, pourquoi pas.
Daz n’est jamais très difficile avec la drogue, le corrompre est d’une grande facilité. En moins de vingt secondes une paille est dans son nez, la coke suit le même chemin en un éclair. Je me lève afin d’aller chercher un pack de bière dans le frigo puis le ramène sur la table du salon.
— Met Dragon Ball, je vais te laminer dis-je à Daz
— Ok pas de problème, tu sais comment ça se passe. C’est quoi le programme pour ce soir ?
— Je n’en sais trop rien. On prend quelques traces ici, on commence à siphonner avant l’arrivée d’Angie et on va dans une boîte un peu classe. Je vais devoir me changer, toi aussi d’ailleurs.
— Très bien, optons pour ce programme. N’empêche, c’est marrant comment les gens se sapent tout bien et se parfument pour essayer de trouver des gens avec qui se foutre à poil et transpirer.
J’explose de rire. Ce sera la dernière fois durant la prochaine demi-heure, l’enfoiré de Daz m’enchaîne, en sept combats, je prends sept pilules, il ose même me mettre un perfect avec Yamcha, décidément la journée est sous le signe de la lose pour moi. Je prends congé et vais me changer avant l’arrivée d’Angie, je conseille à Daz de faire de même. Je mets une chemise, un fut Levis pas trop mal, me coiffe et m’embaume de parfum quand la sonnerie retentit. J’ouvre, Angie est là, un grand sourire qui prend place sur tout son visage. Elle porte une petite robe d’été verte à pois blanc, on dirait Cerise de chez Groupama.
— Bah alors, tu me fais rentrer ?
— Ouais bien sur, qu’est-ce que tu as à sourire comme ça ?
— Héhé, j’ai une surprise mon chat.
— C’est-à-dire ?
— Tu sais, Jimmy, le proprio du café Death Porc, il m’a lâché les clefs pour le week-end. On peut squatter là-bas et picoler à l’œil ! T’es chaud ?
— Bah carrément, super nouvelle ça, ça ne dérange pas si je suis avec Daz ?
— Ton valet ? Non t’inquiète, il est plutôt sympa.
Daz descend alors des escaliers. Il porte une chemise blanche trop grande pour lui qui fait encore plus ressortir son physique de lâche qu’habituellement.
— Salut Angie, tu vas bien ?
— Niquel et toi ?
— Ouais, on fait aller, tranquillement, tu vois.
— On va aller dans le bar d’un ami à Angie lui annoncé-je.
— Ah ok, il est bien ? Il y a du monde ?
— Juste nous trois, ça va être intime.
— Que nous trois ?
— Oui, j’ai eu les clefs du proprio, pour un pauvre comme toi ça va être jackpot lui dit moquesement Angie.
— Hahaha, le rire jaune de Daz traverse la pièce, merci pour le cadeau Angie, tu es trop bonne avec un gueux tel que moi.
C’est ainsi que nous nous dirigeons vers le Death Porc en prenant le tramway, sachant que nous ne serions jamais à même de ramener un véhicule à bon port suite à cette sortie. Je me fous de la gueule de Daz qui emporte avec lui un parapluie.
— Il va pleuvoir ce soir, on verra bien qui rira bien le dernier ose-t-il me répondre.
Le Café Death Porc – vous noterez le subtil jeu de mots – est situé en bordure de ville, quartier Victor Hugo. Le café est en réalité un bar hard-rock où prend place pour décoration des dizaines de cochons métalleux en plastiques. Le proprio, un bon ami de Angie, est un gros – c’est un euphémisme – consommateur de cocaïne. Jimmy a une consommation effrénée, à force de consommer il n’a plus les reins pour suivre son train de vie. Il s’est donc mis à en revendre, le bar est finalement devenu une couverture pour son petit business. Il a la quarantaine, quelques années de prison derrière lui, le peu de fois où je l’ai vue c’était une personne très calme.
A notre arrivée dans le bar, Angie se dirige de suite dans l’arrière-salle et en revient avec un pot de tabac.
— Qu’est-ce que tu fous avec ça ?
— Hihihi, regarde !
Elle ouvre alors le pot et s’écrit « Tadaaaa ». Le contenant est merveilleux, empli de poudre blanche. Les traces se suivent, les pintes affluent, on met du son à fond sans crainte des voisins. Angie finit par vouloir faire un dragon, on perche pendant une énorme heure.
On enchaîne les shots et trace quand Angie nous lance sur le sujet amoureux. Notre parcours à moi et Angie est totalement chaotique, un véritable enchaînement d’histoire d’un soir et sans avenir. Je suis curieux de voir la réponse de Daz avec qui je n’ai que rarement abordé le sujet. La jeune femme à la robe verte le lance.
— Et sinon ça avance les plans culs Daz ?
— Raaaaah, tu pourrais pas faire preuve d’un peu de poésie ? dit-il d’un ton exaspéré, une belle femme comme toi ne devrait pas s’exprimer ainsi.
Il est vrai qu’Angie est une superbe femme. Un visage d’ange, des lèvres pulpeuses, des cheveux rouge enflammés, un joli bonnet C très tendre que j’ai déjà eu l’occasion de palper à maintes reprises et des yeux d’un bleu turquoise à tomber par terre mais sa manière de parler en déjà fait débander plus d’un. Grave erreur de leur part tant elle est une pourvoyeuse d’orgasmes inoubliables ; elle a un aspirateur à la place du con et un lave-automatique en guise de bouche.
— Et sinon ? ça ne répond pas à ma question.
— Ca avance.
— Tinder ? l’interrogé-je.
— Oui.
— Sérieux ?
— Oui.
— Raconte.
— Je sais pas, ça fait un mois qu’on discute.
— Depuis les pommes ?
— Oui
— Elle est de ce coin paumé ? l’interrogé-je avec un sourire mesquin, le voyant déjà emménager dans un trou-du-cul de la France profonde.
— Non d’ici, c’était quelques jours avant les pommes.
— Ah, rassurant ! Bah qu’est-ce que t’attends pour aller la voir ?
— J’en sais rien.
— T’en sais rien ?
— Elle a l’air timide. Je veux pas la brusquer.
Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment-là je pète un cable.
— IL VEUT PAS LA BRUSQUER MON BIQUET ?!
— Mais calmes-toi vieux me répond Daz calmement.
— IL VEUT QUE JE ME CALME LE BIQUET ? ET QU’EST-CE QU’IL FERA MON BIQUET SI JE BRUSQUE SA COPINE ?
— Qu’est-ce que tu racontes vieux ?
— JE RACONTE QUE JE VAIS BAISER TA SALOPE ! m’exclamé-je en face de sa tronche tout en lui postillonnant dessus.
— Jessy…s’il te plaît, arrête.
Malheureusement, je ne m’arrête pas. J’hurle de plus belle, sors mon sexe et le positionne en face de son visage avant de vociférer diverses insultes.
Au niveau relation sentimental, Daz et moi sommes des opposés. Il n’est qu’une vierge effarouchée quand je suis la pire des salopes. Il rêve de douces romances quand je fantasme sur un plan deepthroat anal dans une cave avec des dévergondés. Angie calme finalement le jeu. Je remets mon pantalon et m’excuse. Je crois que c’est la dernière fois que Daz me parlera de ses sentiments amoureux lorsque je suis sous l’influence de l’alcool, vu le néant de sa vie sentimentale, ce n’est pas bien grave.
Nous continuons sur le même rythme de consommation d’alcool et de drogues. Passé les trois heures, je n’en peux plus. Daz est d’une blancheur à faire jalouser Kristen Stewart, je regarde Angie et lui propose de prendre un Uber pour rentrer. Elle acquiesce, il lui faut aussi éviter de vider le pot de tabac où Jimmy deviendrait fou, s’éloigner du fruit du péché est la meilleure solution. Je n’ai même pas eu à sortir mon pochon de la soirée, c’est Jimmy, ce grand seigneur, qui a régalé toute la soirée malgré lui. En sortant du bar, une averse s’abat alors que le Uber est situé à une cinquantaine de mètres de nous. Daz m’observe en ayant un sourire qui prend place sur tout son visage, je le hais. Et je le hais encore plus pour ce qui va suivre. Le dreadeux ouvre son parapluie et se couvre lui et Angie. Cette traitrise ne peut rester impunie, je tente d’user de mon sens de la répartie pour me venger.
— Avec ce geste de gentleman, le total de femme que tu as fait mouiller cette année s’élève à moins une, bravo lui asséné-je
— Qu’est-ce qui te dis qu’il ne me fait pas mouiller ? m’envoya Angie dans les dents tout en faisant un regard sensuel à Daz.
Traîtresse d’Angie ! Je fais un peu la gueule mais cet affront est aussitôt oublié à mon entrée dans le Uber. Après vingt minutes d’un trajet long et ennuyeux – entendez par là sans alcool ni drogue -, nous arrivons à ma baraque. L’alcool et la cocaïne continue d’emplir mon être malgré le trajet. Nous arrivons à la porte de la maison, je tangue, me heurte à la vieille Renault Mégane d’Angie et finit par arriver à la porte. Je fouille mes poches, fait tomber mon paquet de clopes par terre que je ne prend pas la peine de récupérer et me saisis de mes clés.
J’essaye d’ouvrir la porte, pas la bonne clé, j’en prends une autre, j’essaye d’ouvrir la porte, pas la bonne clé, j’en prends une autre, j’essaye d’ouvrir la porte, pas la bonne clé, j’en prends une autre, j’essaye d’ouvrir la porte, pas la bonne clé.
- Je crois que…que j’ai déjà essayé celle-là dis-je difficilement.
Tout vrille dans mon esprit, je tourne le trousseau et n’arrive pas à trouver la bonne clé. Angie exaspéré par le spectacle me prend le trousseau des mains et réussit à ouvrir la porte en moins de dix secondes. S’ensuit alors une escalade soudaine, alors que j’entre à l’intérieur, Angie m’agrippe et se met à m’embrasser. Aucun mot n’est nécessaire pour comprendre ce qu’elle souhaite. Il faut croire qu’elle a un faible pour les zombies. Je quitte ses lèvres sans agressivité, l’observe sans un mot, lui sourit puis vais chercher trois verres. Je ramène une bouteille de vin, Angie la prend et en avale trois lampées au goulot, une partie tombe sur ses vêtements et laisse une tache rouge sur sa robe verte. Je récupère la bouteille, sers deux verres, en laisse un vide et tend la bouteille à Angie. Daz qui ne dit aucun mot se pose sur le canapé du salon. Je lui tends un verre, « Merci » me dit-il en l’attrapant, il prend quelques gorgées et observe Angie qui se rapproche de moi après avoir mis Opus d’Eric Prytz sur mon enceinte.
Opus d’Eric Prytz est une musique électronique où tourne en boucle une courte symphonie dont le rythme s’accélère petit à petit et auxquels il est ajouté à chaque boucle une sonorité supplémentaire avant que tout n’explose. Cette musique est extraordinaire. Est-ce le son parfait pour ce qui va suivre ? J’en suis convaincu.
Angie se colle à moi et commence à m’embrasser. Daz continue de boire son verre et nous observe sans gêne. Me vient alors une idée, un plan à trois. Rien de mieux que l’échange de foutre et de cyprine pour sceller une amitié. Je quitte les lèvres d’Angie et lui susurre la chose à l’oreille, « pourquoi pas » me murmure t-elle à l’oreille. Daz est interloqué et curieux de connaître ce que nous tramons. Je l’observe, il vient de finir son verre, je n’y vais pas par quatre chemins.
— Ca te dit un plan à trois ?
Daz hausse alors les épaules, fait une sorte de moue, puis hoche la tête en signe d’approbation.
— Ouais carrément.
Angie s’enlève de moi, se lève, et se dirige vers ma chambre en enlevant ses vêtements à mesure qu’elle avance traçant le chemin à suivre vers le plaisir charnel. Daz se lève et je l’imite. Je lui tapote l’épaule en signe d’affection avant qu’il n’ouvre la bouche.
— Par contre pas question que tu me touches la bite ou un délire du genre.
— Non t’inquiète lui réponds-je en riant, le centre d’attention est Angie.
Nous arrivons dans la chambre, j’enlève mes fringues, Daz m’imite, on se place chacun d’un côté de la superbe créature, je lui prends la tête et l’embrasse goulûment, de son côté Daz se rapproche d’elle et lui prend un sein d’une main tout en se touchant le sexe de l’autre. Sa main baladeuse descend vers le con d’Angie tandis que je prends le relais de sa main en tripotant les deux seins de notre douce Cerise. Notre déesse d’un soir exulte suite aux assauts des doigts de Daz, elle s’extirpe de nous et se cambre sur le lit tout en me masturbant, me faisant signe d’aller devant elle alors que Daz devra l’attaquer par l’arrière. La fellation qui m’est prodiguée n’est pas d’une grande qualité, les assauts de Daz se font ressentir par contact de dents sur mon sexe, une vraie râpe à fromage. L’agacement me guette et après quelques minutes dans cette position, je prends la tête de notre victime et la pousse vers mon sexe de manière agressive, sa glotte a pris, des bruits de répulsions prennent cette douce proie qui se dégage de moi. Je fais un signe à Daz pour que l’on échange de position ; Angie acquiesce. Cette libération sauvage de nos êtres dure encore une vingtaine de minutes jusqu’à ce qu’Angie finisse par s’exhaler de tout son être, un cri rauque sort d’elle, elle reprend son souffle et nous fait comprendre que la guerre est terminée. Je tends alors mon poing vers Daz, on se check les yeux dans les yeux, un grand sourire illumine nos deux visages d’enfants.
— T’as pas une clope ? me demande Angie
Je me lève alors du lit et me dirige vers mon pantalon, rien. Je cherche un peu partout, toujours rien. Bordel qu’est-ce que j’ai foutu de mon paquet.
— Je sais pas ce que j’ai foutu de mon paquet.
Pendant ce temps, Daz en profite pour se lever du lit. Il doit sûrement se dire qu’il est temps de se tirer, la dépression post-coïtale le prend. L’alcool est redescendu et il se demande bien ce qu’il branle à poil à avoir baisé avec moi et ma meilleure amie, il ne dit pas un mot et sort de la chambre.
— Bonne nuit Daz ! lui disons-nous tous deux.
Nous retournons à notre affaire et baisons toute la nuit restante. Débarrasser de mon valet elle ne me râpera plus la bite.