Chapitre 17 — En bordure

Le lendemain de cette soirée, je loue un scooter pour m’échapper dans un périple qui m’envoie vers les bordures du Myanmar (Birmanie), pays qui est en guerre civile et qui ne m’est malheureusement pas accessible.

Cette aventure me conduira à une première étape vers Pai. Enfin, avant cette première étape, je me fais arrêter par la police thaïe dès mon premier kilomètre au sein du carré de Chiang Mai (en gros un carré routier qui fait le tour de la ville), et j’écoperai d’une amende de 1500 bahts pour ne pas avoir de permis international (merci la France et votre système qui nécessite six mois pour disposer de ce permis).
Néanmoins, la route sera merveilleuse et les environs de Pai ne le sont que davantage. Je n’en ai aucune connaissance (j’organise mes voyages complètement à l’arrache), mais cette localité est un véritable havre de paix connu des hippies. L’ambiance y est donc très chill, relax, et les soirées y sont assez folkloriques. N’y étant que pour visiter et éviter la décadence, je trouverai un homestay plutôt sympa, avec un bungalow offrant une vue magnifique sur la ville pour une somme d’environ 1000 bahts (soit une vingtaine d’euros). Après quelques joints et une canette de Tiger (une bière low cost pas trop mauvaise), il est temps de me reposer pour poursuivre mon trajet. Je ne le sais pas encore, mais je reviendrai dans cette cité pour un passage plus mouvementé.

Ma seconde étape est la ville de Mae Son. La route est incroyable : il y a peu, voire pas de trafic, les paysages sont à couper le souffle. Je roule comme un abruti à la vitesse maximale que m’offre mon Tmax. La sensation de liberté est incroyable, les sons qui pètent dans mes oreillettes achetées trois francs six sous dans un marché de Chiang Mai me régalent ; la route est mienne.

Enfin, elle l’est jusqu’à ce qu’un groupe de cinq policiers thaïs m’arrête. Bref contrôle, et ils me disent qu’ils se fichent de mon permis international : me voilà rassuré. On discute pendant cinq petites minutes. J’ai dans mon sac une dizaine de grammes de cannabis, mais aucun stress : quel plaisir que la légalisation ! Deux ans plus tôt, j’aurais eu le droit de découvrir la beauté des cellules du pays du sourire. On se sent gangster.

Ma route se poursuit. Le soir, je découvre un cadre idyllique pour mon repos et visite quelques temples et un marché local. Je me pose dans mon hôtel, une sorte d’auberge qui fait un feu de camp le soir. Je ne suis qu’un sombre parasite : j’ai fumé un joint bien trop puissant et, lorsqu’un type qui a l’air fort sympathique vient me parler, je suis incapable de communiquer. Mon lit sera bien plus accueillant et je suis prêt pour la dernière étape de ce trajet : Mae Saï.

Le trajet est de nouveau incroyable : plusieurs heures de scooter avant d’arriver dans cette nouvelle localité, située au bord de la frontière avec le Myanmar. Cette dernière étape va me réserver plus que du plaisir.

La route est par ailleurs incroyable, avec énormément de check-points militaires, car il existe une ville de réfugiés birmans. Militaires lourdement armés : je passe sans souci les multiples check-points tout en m’arrêtant entre eux à de multiples reprises pour observer cette folie. Un véritable ghetto que je ne peux apercevoir que de loin. Après ce trajet, je m’arrête au lieu que j’ai réservé. Pour moins d’une centaine de bahts par nuit (même pas trois euros), je vais vivre dans une tente dans une maison d’hôte tenue par un américano-thaïlandais nommé Ryan. Je dois participer aux tâches ménagères pour séjourner ici : il ne me sera demandé que d’étendre le linge avant de pouvoir profiter des lieux.

Je vais ensuite me poser et rencontrer Hiro, un Japonais d’une soixantaine d’années qui profite de sa retraite pour voyager dans le monde. Veuf, nous passerons la soirée à nous exploser au soju (un alcool traître coréen) en discutant de la France, du Japon et de bien d’autres choses. Une rencontre merveilleuse, partagée avec de multiples joints de cannabis et la compagnie de Ryan et d’une jeune Vietnamienne dont j’ai malheureusement oublié le nom. Passé vingt-deux heures, il est temps d’aller au lit. Il m’est surprenant de voir une équipe de trois ou quatre Birmans débarquer pour aller se coucher dans la maison principale. En effet, Ryan accueille plusieurs réfugiés (qui n’ont pour certains pas de papiers). Je ne chercherai pas à discuter : ils sont épuisés et je n’aurai, au cours de mon séjour, que peu ou pas d’informations à leur propos.

Ces deux jours me conduiront à la frontière du Myanmar, qui me sera refusée. J’avais pour but de passer une journée dans ce pays ; c’est la raison de mes deux jours dans cette cité. Avant le Covid et surtout la guerre civile, il était possible de franchir la frontière juste pour une journée. Mes informations étant obsolètes, je me contenterai de me balader dans le coin. Je ne vais pas vous mentir : c’était plutôt chiant.

Depuis mai 2021, la guerre civile au Myanmar oppose, depuis le coup d’État militaire de 2021, la junte à une alliance hétéroclite de forces pro-démocratie et de groupes ethniques armés. Le conflit s’est intensifié à travers tout le pays, mêlant guérilla, répression brutale et déplacements massifs de populations. Bref, pas le meilleur moment pour visiter le pays.

La seconde soirée m’offrira une nouvelle discussion avec Hiro. C’est un chic type qui a décidé de voyager durant la fin de sa vie. Japonais, père de deux jeunes femmes, son épouse a quitté ce monde depuis une petite dizaine d’années. Ils s’étaient promis de voyager ensemble lors de leurs vieux jours, une promesse qu’une moitié ne pourra malheureusement pas honorer. Le lendemain matin, nous échangeons nos coordonnées, puis il est temps pour moi de rentrer à bon port.

La dernière partie de ce trajet, qui me ramène vers Chiang Mai, sera bien plus inconfortable : six heures de scooter sur l’autoroute. Autant vous dire que je n’ai pris aucun plaisir avec mon fidèle destrier. J’éviterai les contrôles de police, et me voilà de retour à Chiang Mai pour quelques jours avant de repartir à l’aventure vers la cité de Chiang Rai.

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