Le voyage se passe sans embûche : un premier vol, une longue escale au Koweït, puis une dernière traversée jusqu’aux Philippines. N’ayant dormi que deux heures au cours des trois derniers jours, je passe la majeure partie du voyage à pioncer et ne le vois pas passer. Normalement, je m’assomme à coups de whisky ou de bières lorsque je prends l’avion. Malheureusement pour moi, Kuwait Airways ne propose pas d’alcool. Ce n’est pas plus mal : c’est le début d’un sevrage pour moi.
Aucun souci à la douane. Je récupère mon paquetage, retire 10 000 PHP (environ 180 euros), achète une carte SIM et prends un taxi. Je suis agréablement surpris par la qualité de l’anglais de mon chauffeur. Il m’explique un peu le délire de la ville, me dit qu’il a bossé à Madagascar dans des mines de titane — ou un métal du genre — et qu’il faut que je me méfie des femmes du coin, vénales et possessives. J’ai l’impression d’être sur le 18-25 de JVC. Il me dépose ensuite au milieu de Pasay en me demandant 1 500 PHP. J’ai l’impression de me faire légèrement enfler. Une impression qui n’en est pas une : le prix avec Grab, application que je ne connaîtrai que plus tard, n’est que de 350 PHP.
Google Maps est mon meilleur pote et m’indique la fin de la route vers mon hôtel, d’une qualité convenable pour le prix payé. Moment pour moi de découvrir mon appartement pour la prochaine quinzaine : une chambre miteuse de 12 m², un lit une place, un transfo qui fait un bruit de fou furieux, une cuisine composée d’un évier, une salle de bain avec un lavabo et une douche à l’eau froide, et une vue qui donne sur… le transfo. À cinq euros par jour, je ne peux pas être mécontent.
Je me rends ensuite au 7/11, célèbre enseigne en Asie, afin d’acheter du dentifrice, du savon et mon premier repas aux Philippines, un mets local : un sandwich au thon. Un homme me tient la porte à mon entrée puis recommence à ma sortie en me tendant un gobelet. Les mendiants savent se rendre utiles ici. Je lui glisse une pièce, la première d’une longue lignée.
Comme tout homme dégénéré arrivant dans un nouveau pays, l’un de mes premiers réflexes est d’installer la célèbre application de rencontres Tinder. Je crée un profil, y mets les deux premières photos de moi qui me tombent sous la main et commence à matcher.
En moins de dix minutes, j’ai plus de matchs qu’en une année dans mon patelin de péquenauds. Je me mets à discuter avec une gourgandine répondant au nom de Trixy. Je suis un peu fatigué de mon voyage, mais je me dis que ce ne serait pas plus mal de rencontrer du monde dès demain : c’est vendredi et j’ai bien envie de découvrir la nightlife de Manille. Sa réponse ne se fait pas attendre : elle me propose de venir passer une partie de la nuit avec elle.
Après quelques minutes de réflexion, j’accepte. Je suis éclaté de fatigue, pas au mieux de ma forme et incapable de savoir si mon corps sera capable de donner satisfaction à ma conquête du soir. Néanmoins, je n’ai pas eu la chance de toucher une femme en son intimité depuis deux ans et l’envie de découvrir les produits locaux me pousse à braver l’impossible.
Elle se situe à seulement dix minutes à pied. Je n’ai pas de préservatifs. Peu importe, on verra sur place. Après cette petite marche, je la recontacte sur Tinder. Elle me répond dans la minute et me rejoint dehors. C’est une belle, voire une très belle femme : environ 1,65 m, une jolie poitrine et un sourire très agréable.
Nous passons devant le gardien, puis arrivons dans sa pièce. Le lieu n’est pas terrible, mais cela reste mieux que ma chambre de bonne. Il y a un lit deux places et les murs sont mieux insonorisés. Tout ce qu’il faut pour copuler dans de bonnes conditions.
Tandis que la bosse dans mon caleçon ne cesse de s’agrandir, nous nous déshabillons et finissons dans le plus simple appareil, en tenue d’Ève et d’Adam. Nous passons aux choses sérieuses. Je me laisse guider tandis qu’elle commence à mouiller. Les préliminaires sont assez sommaires, puis je l’honore durant une quinzaine de minutes. Enfin, c’est ce que ma mémoire m’offre à penser, mais il est fort probable que ce soit à diviser par trois dans la réalité.
Suite à nos ébats, nous fumons une cigarette chacun et parlons un peu de nos existences. J’apprends qu’elle part aux États-Unis rejoindre un membre de sa famille. Elle me dit que Manille est une ville plutôt éclatée au sol, rassurant ; que Pasay est naze, très rassurant ; et enfin qu’il n’y a pas grand-chose à faire ici, extrêmement rassurant.
Une petite heure plus tard, elle me fait comprendre qu’elle souhaite dormir et que ma compagnie n’est plus vraiment désirée. J’ai accompli mon rôle de gode sur pattes. J’abandonne donc ma première conquête philippine avec le sentiment du devoir accompli.
Ce pays me plaît déjà.